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lundi 26 mai 2025

Un jeune médecin à la prison de Haren réveille notre conscience, par Luk Vevaet

 

Voir Observatoire des prisons -
Belgique sur Facebook avec des
extraits du rapport du docteur
Verbrugghe
https://www.facebook.com/oipbelgique

 Je travaillais encore comme membre du comité de surveillance de la prison de Haren lorsque le Dr Brecht Verbrugghe y est arrivé. Le « jeune médecin », comme l'appelaient affectueusement les détenus, a rapidement acquis une bonne réputation parmi eux en tant que prestataire de soins de santé. 

Même si, au début, le système de santé ne fonctionnait absolument pas dans la nouvelle prison, même si la liste des plaintes des prisonniers aurait pu remplir une cellule entière, ils se rendaient bien compte que le jeune médecin faisait tout ce qu'il pouvait pour aider les prisonniers malades. 

Brecht Verbrugghe avait déjà beaucoup d'expérience et d'expertise en tant que médecin. Comme médecin généraliste ou dans une clinique psychiatrique à Gand, comme médecin auprès des prisonniers et des internés négligés dans l'ancienne prison de Saint-Gilles et maintenant en tant que médecin dans la prison flambant neuve de Haren. Quelqu'un qui, s'il le voulait, pourrait grimper haut dans la hiérarchie (médicale) des prisons.  

Mais avec quelques collègues, le « jeune médecin » a choisi une voie très différente. Ensemble, ils ont décidé de rendre public ce qui pourrit dans l’univers carcéral depuis des décennies mais reste caché au monde extérieur. 

Le lundi 12 mai au matin, ils ont ainsi provoqué une sorte de déferlement pénitentiaire dans les médias belges (1). Du calibre du livre du médecin Véronique Vasseur sur la prison française de Fleury de Mérogis, qui a suscité une tempête dans le monde carcéral français à l'époque (2).  

Rapidement, les applaudissements et la solidarité de nombreuses associations travaillant dans les prisons se sont manifestés ici aussi. (3)  Les hauts responsables du système pénitentiaire et ceux des ministères de la justice et de la santé ont bien senti qu'une sorte de tsunami était en train de se former. Avec les déclarations habituelles de leurs porte-parole, les hauts responsables du système pénitentiaire ont rapidement tenté d'arrêter la vague.  Sans succès.


Le coming out de Brecht Verbrugghe et de ses collègues est extraordinairement courageux

D'abord, parce que si vous travaillez en prison, vous êtes censé vous taire. Du moins si vous voulez conserver votre emploi. Tout le monde sait qu'il existe une sorte d'omerta : vous faites votre travail et s'applique le vieil adage des trois singes « ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire ». La loyauté envers les collègues est attendue. Les problèmes doivent être résolus en interne (par les « canaux internes ») et vous vous abstenez d'exposer le linge sale. 

À cet égard, la prison peut être comparée à l'Église catholique, qui a tenté d'étouffer les abus commis sur des enfants et qui aurait résolu le problème en interne. Le sommet du système pénitentiaire dispose en effet de pouvoirs discrétionnaires qui lui permettent, par exemple, d'écarter et d'exclure à volonté, de classer des soi-disant preuves comme secrètes... sans  se soucier de la loi. J'en ai fait moi-même l'expérience lorsqu'on m'a refusé l'accès à toutes les prisons belges en 2009.

Bien sûr, cela ne signifie pas l’absence de voix critiques. Comme celles des universitaires. Mais ils ne risquent pas leur emploi, ils sont autorisés à dire ce qu'ils veulent dans la presse et à l'université depuis l'extérieur, personne ne s'en soucie vraiment. Certains témoignent anonymement, de crainte de perdre leur emploi. Je me demande bien pourquoi les gens ont peur de s'exprimer : après tout, la liberté d'expression est l'une des valeurs sacrées de ce pays, une valeur pour laquelle le monde occidental fait la guerre dans le monde entier. D’autres commencent à témoigner lorsqu'ils sont à la retraite, quand leur carrière est terminée et leur sécurité financière garantie.

L'absence de résistance et de critique de l'intérieur, de la part des personnes actives sur le terrain, nous permet d'apprécier à sa juste valeur le témoignage de Brecht Verbrugghe et de ses collègues. Ce témoignage nous donne confiance en l'avenir. Il nous apprend qu'il y aura toujours des personnes qui oseront s'élever contre l'injustice. Quels que soient les risques. Quel que soit le prix personnel éventuel à payer.

En outre, le témoignage du Dr Verbrugghe ne porte pas sur un quelconque incident ou scandale, dû à la surpopulation.  En ce qui concerne cette dernière, le Dr Verbrugghe refuse de se résigner à cette éternelle excuse. « En réalité, le problème n'est pas la surpopulation, mais la surcondamnation », a-t-il déclaré dans une interview. 

Le jeune médecin dénonce un système de santé déficient à tous points de vue, en raison de la relation toxique entre la prison et les soins de santé. Vous pouvez en prendre connaissance dans son rapport de 18 pages, téléchargeable en ligne.(4)  

Il traite des soins de santé dans les trente-huit prisons qui, en Belgique, ne relèvent pas du ministère de la Santé publique, mais de la haute administration pénitentiaire. Avec toutes les conséquences que cela implique, tant à l'intérieur des prisons (ce sont les gardiens qui doivent distribuer les médicaments et contrôler leur prise, l'utilisation des cellules de punition pour traiter les crises médicales), qu'à l'extérieur (les maladies et les infections retournent dans la société sans avoir été traitées lorsqu'un prisonnier est libéré). Le rapport décrit le manque de ressources et de personnel. Le (non-)dépistage de l'hépatite C. Les pénuries et le sabotage des soins transmuraux. Les contrôles de tuberculose non séquencés.  L'évaluation médicale inexistante ou inadéquate dans le cadre de la libération conditionnelle. Et ainsi de suite…


pic OIP https://oip.org/fiche-droits/medecine-generale/

En conclusion, il ne s'agit pas de failles majeures ou mineures dans le système. Il s'agit, comme l'a dit Lise Meunier, l'une des lanceurs d’alerte, sur les ondes de la RTBF « d'une idéologie à l'égard des prisonniers ». En d'autres termes, notre société considère les prisonniers comme du ballast ou des déchets, n’appartenant pas à la communauté humaine. Et les soins médicaux qui leur sont prodigués sont à la hauteur de cette considération.

Ceux qui pensent que j'exagère devraient se demander comment il est possible que les programmes des partis ou les manifestations des syndicats ne mentionnent nullement les droits des prisonniers. Comment est-il possible que des centaines de prisonniers doivent dormir à même le sol ? Que des gens soient entassés, pire que des animaux, dans des cellules trop petites, sans aucune réponse sociétale ? 

De plus en plus, l’indifférence s'est installée à l'égard du monde carcéral, faisant de l'injustice la chose la plus normale du monde.  Le fait qu’on nous dise systématiquement qu'il faut mettre plus de gens derrière les barreaux et que la surpopulation de nos prisons est due à la présence d'étrangers qu'il faut renvoyer dans leur pays n'y est pas pour rien. 

Le message de Brecht Verbrugghe et de ses collègues est donc aussi un message contre la prison et contre le racisme. Une déclaration contre la déshumanisation qui est la marque des temps sombres que nous vivons. 

Qu'ils en soient chaleureusement remerciés.


Notes


[1]  en néerlandais : VRT NWS : https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/05/07/gevangenisarts-de-medische-zorg-in-gevangenissen-is-ondermaats/ et https://www.vrt.be/vrtnws/nl/kijk/2025/05/12/tza-gezondheidszorg-gevangenissen-mimir-3ce5dbaf-be32-465c-8541-/ ;  HLN : https://www.hln.be/gevangenissen/het-is-brandjes-blussen-arts-trekt-aan-de-alarmbel-vanwege-ondermaatse-medische-zorg-in-gevangenissen~a882041f/ ;  Het Nieuwsblad : https://www.nieuwsblad.be/cnt/dmf20250512_91607777 ;  De Morgen : https://www.demorgen.be/snelnieuws/arts-dient-klacht-in-bij-orde-der-artsen-over-zorg-in-gevangenis-mensen-sterven-omdat-ze-niet-door-ons-worden-gezien~b6ff71e7/: Le Standard : https://www.standaard.be/binnenland/ziekenzorg-in-gevangenissen-is-beneden-alle-peil-het-enige-wat-telt-is-dat-de-gevangenen-in-leven-blijven/66555952.html ;  BRUZZ :


en français   RTBF : https://www.rtbf.be/article/prison-un-medecin-denonce-l-impossibilite-de-soigner-correctement-les-detenus-malades-11537151; Le Soir : https://www.lesoir.be/674619/article/2025-05-12/en-prison-recit-dune-medecine-abimee-apres-un-temps-votre-cadre-de-valeurs et https://www.lesoir.be/674616/article/2025-05-12/en-punissant-mal-ses-condamnes-la-societe-se-punit-elle-meme;  7sur7 : https://www.7sur7.be/belgique/un-medecin-denonce-des-dysfonctionnements-graves-dans-les-prisons-belges~a08ac0d2/;  La Libre : https://www.lalibre.be/belgique/societe/2025/05/12/prison-le-cri-dalarme-dun-medecin-face-a-une-medecine-abimee-7GV6VP2BXZEBNHD6J23UCUBMNI/ ;  Sudinfo : https://www.sudinfo.be/id995557/article/2025-05-12/patients-labandon-secret-medical-bafoue-ce-medecin-alerte-sur-la-prise-en-charge;  La Dernière Heure : https://www.dhnet.be/actu/belgique/2025/05/12/polemique-en-milieu-carceral-un-medecin-saisit-lordre-pour-denoncer-les-dysfonctionnements-7U65ZIHCXZD6NOJXOYXE3FGGVY/


A la radio :📻 The Morning sur Radio 1 : https://www.vrt.be/vrtmax/luister/radio/d/de-ochtend~11-19/de-ochtend~11-30502-0/ ;📻 La Première sur RTBF ;📻 Fien et Thibault Staan Op sur StuBru : https://www.vrt.be/vrtmax/luister/radio/f/fien-en-thibault-staan-op~41-383/fien-en-thibault-staan-op~41-33856-0/ ;📻 BX1 Radio :


... à la télévision : 📺 Terzake on Canvas : https://www.vrt.be/vrtmax/a-z/terzake/2025/terzake-d20250512/ ;📺 BRUZZ24 : https://www.bruzz.be/videoreeks/journaal-bruzz-24/video-herbekijk-bruzz-24-over-de-gebrekkige-gevangenenzorg-haren ;📺 Le Journal on RTBF : https://auvio.rtbf.be/media/journal-televise-19h30-le-19h30-3338968 ;📺 BX1 : https://bx1.be/categories/news/un-medecin-denonce-lincapacite-de-soigner-correctement-les-detenus-a-bruxelles/


 [2] https://www.lemonde.fr/societe/article/2004/03/29/le-dr-veronique-vasseur-depeint-aux-deputes-l-univers-carceral_359105_3224.html


[3] Article d'opinion pour Brecht Verbrugghe et ses collègues signé par Marion Guémas de l'asbl I.Care, Lise Meunier du Réseau Hépatite C & Kris Meurant de l'asbl Transit, Belgique Acat, Apres, Cap-iti asbl, Féda, Fidex, la Liaison antiprohibitionniste, Médecins du Monde, La Ligue des droits humains, Infor Drogues et l'OIP, l'observatoire international des prisons https://www.rtbf.be/article/les-associations-actives-en-prison-soutiennent-les-medecins-qui-ont-denonce-l-impossibilite-de-soigner-des-detenus-11545937


[4] Une version légèrement abrégée de 18 pages peut être téléchargée en ligne à l'adresse suivante : https://www.vrt.be/content/dam/vrtnieuws/bestanden/brief%20orde%20der%20geneesheren.pdf


le témoignage du docteur Verbrugghe a été suivi par une lettre ouverte, signée par 300 médecins, professeurs, soignants et assistants sociaux,  https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/05/24/open-brief-gevangenissen-artsen-zorg-verlinden-vandenbroucke/ 


vendredi 4 août 2023

Gevangenen filmen enorme rattenplaag in Sint-Gillis: “We zijn nochtans geen grotere misdadigers dan die ‘gelukzakken’ in Haren”


Gevangenen filmen enorme rattenplaag in Sint-Gillis: “We zijn nochtans geen grotere misdadigers dan die ‘gelukzakken’ in Haren” (Brussel) | Het Nieuwsblad

Gevangenen filmen enorme rattenplaag in Sint-Gillis: “We zijn nochtans geen grotere misdadigers dan die ‘gelukzakken’ in Haren” (Brussel) | Het Nieuwsblad 

Een immense rattenplaag teistert de gevangenis van Sint-Gillis, al maanden. Er is sprake van duizenden ratten die onuitroeibaar blijken. Gevangenen klagen erover en maakten met hun (verboden) gsm beelden die niets aan de verbeelding overlaten.

Dirk Coosemans

De plaag in de oude gevangenis van Sint-Gillis begon goed een half jaar geleden. “We zagen altijd wel wat ratten hier en daar. Maar toen sloot de gevangenis van Vorst hier recht over en kwamen al die hongerige ratten van daar naar hier. Een invasie was begonnen. Het is nog nooit zo erg geweest, in geen jaren”, klinkt het bij personeelsleden.

De ratten wonen er in de spouwmuren, hollen over het binnenplein en doen zich tegoed aan het afval en de etensresten die de gevangenen uit hun raam smijten, een onbehoorlijke doch ingeburgerde praktijk in de gevangenis van Sint-Gillis.

“Het afval ligt op sommigen plekken tot een meter hoog. Tussen die hopen krioelt het echt van de ratten. Vies om te zien.” Maar ze raken ook tot in de cellen van de gevangenen. “Achter de tralies van elk celraam staat een kiepraampje. Als je het open zet heb je een kier van goed vijf centimeter groot, genoeg voor de ratten om binnen te kruipen. We hebben nu de ramen zo aangepast dat de ze maar twee centimeter ver open kunnen. Hopelijk houdt dat de ratten tegen.”

“Poepsjieke nieuwe gevangenis”

Het waren gedetineerden die het rattenprobleem in de gevangenis publiek maakten. Met hun (verboden en binnengesmokkelde) gsm’s maakten ze filmpjes van de rattenplaag die ze doorstuurden. “We zijn het beu”, melden ze. “We lezen de kranten over die poepsjieke nieuwe gevangenis in Haren waar de gedetineerden in behoorlijke luxe leven en een prachtige sporthal hebben. Terwijl wij hier verrekken tussen de ziekmakende vieze ratten. Het contrast kan niet groter zijn. Nochtans zijn wij geen grotere misdadigers dan die ‘gelukzakken’ in Haren”, klinkt het.

Volgens gevangenisbronnen is er een firma aan het werk om de ratten te verdelgen. “Maar dat helpt niet, of toch niet voldoende. Ondanks de wekelijkse verdelgingsacties lijkt het erop dat de ratten alleen maar toenemen in aantal. Ze kweken enorm.”

Gevangenis sluiten

Het Gevangeniswezen bevestigt de problematiek. “Er is een rattenprobleem in Sint-Gillis. We nemen dat heel serieus en proberen met een verdelgingsteam, een externe firma, het probleem onder controle te krijgen. Een eigen team probeert de afvalhopen op te ruimen, in de hoop dat de rattenpopulatie zal afnemen”, zegt woordvoerster Valérie Callebaut van het Gevangeniswezen.

In de aftandse Sint-Gillis huizen op dit moment zo’n 500 gedetineerden. “Het is de bedoeling, om op lange termijn, eind volgend jaar, de gevangenis te sluiten. We hopen het merendeel van de gedetineerden van Sint-Gillis onder te brengen in de nieuwe gevangenis van Haren. Dat verloopt gefaseerd en het zal nog even duren voor Haren op volle capaciteit kan werken”, aldus Callebaut.

Stijn Van Den Abeele van de cipiersvakbond VSOA hoopt dat er sneller actie wordt ondernomen om de plaag onder controle te krijgen. “Het is heel vervelend en uiterst onhygiënisch. Nog een geluk dat de ratten niet aan de frigo’s kunnen waar we het eten bewaren.”


 


mercredi 1 décembre 2021

Méga-prison et justice à l’envers


Par Luk Vervaet,

Co-signé par Laurent Moulin, Ana Navarro, Jean-Baptiste Godinot, Elisabeth Grimmer,  Rnesto Moreno,  Stéphanie Guilmain, Camille Seilles

C’est une affaire qui dure depuis six ans.

Le 20 mai 2015, une quinzaine de manifestants, armés de… banderoles, entrent dans la Régie des bâtiments pour crier leur opposition à la construction de la maxi-prison à Haren. Lors de l’action, dans un moment de colère, un manifestant donne un coup de poing sur la maquette de la future prison, exposée dans le hall d’entrée. Elle est cassée. Ce n’était pas l’objectif de cette action. Sinon les manifestants s’en seraient sans aucune doute pris autrement ; ils n’auraient pas fait une manifestation publique avec des calicots, et ce en présence d’un public nombreux.

Mais la machine policière et judiciaire se met immédiatement en marche.

Condamnés pour être présents !

Quatre des manifestants sont identifiés grâce à des caméras. Les images ne montrent pas qu’ils sont en train de s’en prendre à la maquette, mais témoignent uniquement de leur présence à la manifestation. En 2018, la justice frappe ces jeunes à coups de bâton : ils sont condamnés à dix mois de prison avec un sursis de trois ans pour « destruction de bien mobilier en bande ».

Ce n’est pas fini.

Trois ans plus tard, le 1er octobre 2021, un tribunal prononce le verdict pour le volet civil de l'affaire. Les quatre sont condamnés à rembourser 43 000 euros à la Régie des bâtiments, propriétaire de la maquette.

Vous avez bien lu : 10 mois de prison et 43 000 euros pour une maquette, une peine à la mesure du projet mégalomane de Haren. Dans ce verdict, il ne s’agit pas de frais de réparation pour une personne blessée, ni pour un bâtiment abimé, ni non plus pour un mur de prison vandalisé, mais uniquement d’une maquette publicitaire, qui ne servait à rien d’autre que ça, vu que les plans avaient déjà été approuvés. La vraie destruction, elle, celle du site du Keelbeek, soit 18 hectares de terre agricole et de nature, avait bel et bien commencé.

Justice de la vengeance, justice de classe

Nous assistons à une justice de la vengeance. Elle vise à réduire au silence toute tentative d’opposition à l’ouverture de la maxi-prison prévue pour septembre 2022. À une justice qui définit la culpabilité, non pas sur base d’avoir commis une infraction ou un délit, mais sur base de la présence de la personne, de son « association » avec d’autres. La justice belge agit comme en Angleterre où la loi baptisée « Joint entreprise » permet à la justice de « condamner des personnes à de lourdes peines pour quelque chose qu’elles n’ont pas fait, qu’elles n’ont pas prévu, qu’elles n’avaient pas l’intention de faire, qu’elles ont souvent même essayé d’empêcher, leur présence sur les lieux étant suffisante pour les rendre coupables »[1]. Une justice de classe et partiale, où les juges ont clairement fait savoir que, contrairement à beaucoup de leurs collègues, ils étaient en faveur de la construction de la méga-prison. Les quatre inculpés ont été traités comme des moins que rien, des marginaux, des hors-la-loi dont l’avenir doit être hypothéqué ou brisé, en les condamnant à des peines de prison et à un montant, sans doute dérisoire aux yeux de ces juges bien payés, mais qui mène ces jeunes à la ruine.

L'opposition ! par Renesto

Un dernier règlement de compte de la part de nos gouvernants ?

L’opposition à la construction de la méga-prison à Haren, qui tient bon depuis déjà dix ans, exprime la confrontation entre deux visions du monde et du problème carcéral en Belgique. D’un côté, les habitants de Haren, de la ZAD, des collectifs anticarcéraux, de magistrats, architectes, académiciens et avocats, de défense de la nature et des petits paysans. Leurs formes d’actions ont été on ne peut plus pacifiques sous le mot d’ordre « Ni prison, ni béton » : pétitions, articles, livres, dessins, films, concerts, procédures en justice et construction sur le site de cabanes et de tentes, plantation de patates et aménagement d’un verger. Ils se sont unis dans un des mouvements les plus larges, inspirants, créatifs et démocratiques que notre pays a connus[2]. De l’autre, les gouvernements successifs qui, depuis 2008, ont tous, quelle que soit leur couleur politique, choisi pour la construction de nouvelles prisons pour répondre à la crise carcérale[3], sous le titre trompeur : « Masterplan pour une détention dans des conditions humaines ». Si l’humanité des autorités dans les nouvelles prisons sera à la mesure de celle dont ont joui les opposants à la méga-prison, le pire est à venir.

L’opposition à la méga-prison a en effet rencontré une violence sans précédent de la part de l’État. Il fallait s’y attendre, vu le caractère intrinsèquement violent de la prison elle-même.  Les Masterplans ont dû être imposés avec la violence d’État parce que leurs plans n’ont suscité aucune adhésion sociale, si ce n’est celle des banques et des entreprises de construction. Non, il n’y a jamais eu de négociations avec les opposants, seules quelques séances d’information pour présenter les projets.


Pas une seule table ronde où l’opinion des détenus, de leurs familles, des ex-détenus, de l’association des avocats, du secteur social actif au sein des prisons, des habitants de Haren pourrait être entendue et discutée. Au début, le comité des habitants de Haren se déclarait même prêt à accepter une petite prison sur le territoire de leur petite commune. La réponse a été l’envoi des bulldozers sur le site pour faire place à la méga-prison.

La violence ne s’est pas limitée à la violence verbale ou symbolique. Il suffit de citer quelques incidents, qui se sont répétés à plusieurs reprises. En septembre 2015, évacuation et destruction de toutes les habitations sur le site du Keelbeek. En août 2018, nouvelle évacuation violente de l’occupation du Keelbeek, par la destruction et l’incendie des cabanes des citoyens défendant la biodiversité du Keelbeek, avec arrestation de sept personnes. En 2019, arrestation de nonante citoyens qui bloquaient pacifiquement le chantier de la méga prison[4]. Notre liberté se réduit-elle à seulement supporter cette violence ?

La poursuite des activistes

Pour comble de cynisme, ce sont les activistes qu’un ministre a tenté de présenter comme responsables pour les dégâts causés par toutes ces destructions illégales. En 2019, en effet, Jan Jambon, ex-ministre fédéral de l’Intérieur en charge de la Régie des bâtiments a déposé une plainte contre dix citoyens opposés à la méga-prison. Il ne leur réclamait pas moins de 1 036 000 euros ! Un million trente-six mille euros qui se décomposaient ainsi : 13 000 euros pour les frais d’évacuation, 70 000 euros pour les clôtures et 953 000 euros pour la surveillance par G4S Denys.

En 2017, la police avait déjà auditionné quelques-unes de ces dix personnes dans des commissariats différents. Finalement, les dix ont dû comparaître devant le tribunal le 14 janvier 2020, inculpés de « dégradation de propriétés immobilières d’autrui, à plusieurs reprises entre le 2/03/2015 et le 27/10/2016 » et de « destruction de clôtures rurales et urbaines avec circonstances aggravantes : commettre une usurpation de terrain, à plusieurs reprises entre le 2/03/2015 et le 27/10/2016 ». La mise en accusation des dix personnes, sélectionnées à nouveau de manière aléatoire et comme s’il s’agissait des propriétaires du terrain, a été jugée tellement arbitraire, grotesque et démesurée que le tribunal a prononcé un non-lieu.

Dans le cas des quatre condamnés pour la maquette, la Régie des bâtiments et la justice leur font payer le prix de la maquette à 34 363 euros, y inclus le prix du « déménagement de la maquette à 5 033,60 euros », le prix de fabrication de deux autres maquettes (!), je cite, « l’avance de 40% pour la fabrication de trois maquettes pour le concours ‘La prison de Haren’ à 9 534,80 euros » ! Plus le montant de « l’avance de 40% pour l’adaptation de la maquette pour le concours La Prison de Haren à 2 202,20 euros ».

Belle illustration du fait que les prisons existent aussi pour que toute une caste – faite entre autres de magistrats ou d’architectes– puisse gagner sa vie sur le dos des détenus et de ceux qui défendent leurs droits. Au cours de ces deux années de crise sanitaire, plusieurs personnes nous ont témoigné de leur consternation de voir s’ériger une prison-monstre en lieu et place d’un hôpital ou d’une école à Haren. 


Si vous faites partie de ces indignés, soutenez les quatre condamnés. Toute contribution est la bienvenue sur le compte bancaire au nom de « Soutien procès maquette» avec le numéro BE66 5230 4745 8943.

 

 





[2] Voir le livre « Ni prison, ni béton. Contre la maxi-prison de Bruxelles et son monde », un ouvrage collectif retraçant la lutte, des zadistes, activistes et habitant.e.s de Haren, par le Collectif vrije Keelbeek libre (Haren), éditeur Maelström.

L’Observatoire de la méga-prison de Bruxelles-Haren, une plateforme mise en place par le Comité de Haren, l’asbl Respire, des riverains et des militants réunis pour dénoncer le projet toxique de construction de méga-prison à Bruxelles-Haren.https://www.harenobservatory.net/

Réseau de soutien à l’agriculture paysanne http://www.luttespaysannes.be/spip.php?article110

Le dossier CONTRE LA PRISON DE HAREN ET TOUTES LES PRISONS MODERNES https://www.brudoc.be/opac_css/doc_num.php?explnum_id=988

L’appel pour un moratoire.http://supermax.be/200-academiciens-travailleurs-sociaux-artistes-lancent-un-appel-pour-arreter-la-construction-de-prisons-en-belgique/

[3]Après la Turquie et l’Italie, la Belgique est le troisième pays avec le plus grand taux de surpopulation des prisons (117 détenus pour 100 places, 10.885 détenus au 19 novembre 2021, pour une capacité de 9.611 détenus) des 52 pays membres du Conseil de l’Europe. Dans une prison à Anvers, il y a 769 détenus pour 439 places (mi-novembre 2021). En 2019, le suicide était la cause de 44% des 27 décès dans les prisons belges, ce pourcentage étant 26% dans toute l’Europe.) https://www.standaard.be/cnt/dmf20210408_97616859

[4]Avez-vous vu de pareilles opérations contre la police qui lors de ses actions syndicales bloque tout simplement l’accès à Bruxelles ou à la rue de Loi ?


lundi 4 octobre 2021


 par Luk Vervaet, 3 octobre 2021

Samedi passé, la femme d’Abdelkader Belliraj a lancé un appel à l’aide après que son mari, incarcéré au Maroc, s’est effondré pendant qu’elle lui parlait au téléphone. « J'entendais l'impact de la chute, le téléphone qui tombait, le bruit des gardes qui arrivaient vers lui, puis plus rien. Après plusieurs appels téléphoniques, j'apprenais qu'il avait perdu connaissance un moment, qu'il a été vu par le médecin ou l'infirmière de la prison et qu'il est revenu à sa cellule ». Et elle ajoute « Je retire de nouveau la sonnette d'alarme sur l'état de santé de mon mari qui se dégrade de jour en jour sous un silence incompréhensible de la part de ceux qui sont sensés défendre le dossier. L'urgent pour le moment est que mon mari soit ausculté par un vrai médecin qui demande un bilan de santé complet. Mon mari est complètement carencé vu la malbouffe de la prison. Notre avocat au Maroc, Maitre el jamaï, a promis de lui envoyer un médecin externe qui s'occupera de son état et lui fera faire un bilan complet ».


Abdelkader Belliraj est actuellement enfermé à la prison d’Oudaya à Marrakech (photo). Depuis près de deux ans, à cause de la crise sanitaire COVID, Il n’a reçu aucune visite. Il est Belge, mais il n'a bénéficié d'aucune assistance ou visite consulaire belge. Malgré les appels à l’aide de sa femme ou des organisations comme Human Rights Watch, il continue à être enterré vivant. Sa situation sur le plan psychologique est devenue critique. Selon des témoins, il souffre d’une perte dramatique de la mémoire et de la capacité de se concentrer, d’insomnies, de troubles alimentaires, et j’en passe. Ce sont les effets de l’enfermement en isolement prolongé bien connus qu’on peut retrouver dans chaque étude scientifique sur le sujet.

Catégorie A et l’américanisation des prisons marocaines

Le Belgo-marocain Abdelkader Belliraj a été condamné à la perpétuité au Maroc. Il y est soumis depuis des années à un isolement total, vu qu’il est classifié dans la catégorie A, « détenus dangereux, terroristes… ».  Cette nouvelle classification des prisons et des prisonniers en catégorie A,B, C, date d’il y a une dizaine d’années quand Mohamed Salah Tamek a été nommé en tant que délégué général à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) au Maroc. Avec lui, une transformation en profondeur du système carcéral s’est mise en marche. Un tournant au niveau carcéral marocain s’imposait, la situation étant devenue intenable : explosion du nombre de détenus (un pic de 80.000 prisonniers !), corruption généralisée du haut en bas, torture et maltraitances en chaine, vétusté des bâtiments, manque de nourriture et de produits de base pour les détenus dans des cellules surpeuplées.

Pour maitriser la situation, Tamek annonce que le Maroc va, ce sont ses propres mots : « américaniser les prisons ». Fini la corruption, la violence incontrôlée, le surpeuplement. Transparence, humanisation des espaces de détention, organisation de nouvelles activités (sportives et culturelles), amélioration de la nourriture servie, augmentation de l’espace dédié à chaque détenu et limitation des cas de récidive...   Si on regarde de plus près, derrière les belles déclarations humanistes qu’on entend partout dans le monde pour justifier les projets de modernisation des prisons, se cache avant tout une opération sécuritaire à l’américaine. Par la construction de nouvelles prisons. Par le financement et la formation du personnel par les experts américains (et européens). Par la classification des détenus, pas seulement par genre ou par âge, pas par leur comportement en prison, mais selon leur étiquette de « dangerosité ». Fini aussi « la gouffa », ce panier-repas remis par les familles aux détenus et considéré comme principal cheval de Troie pour introduire des produits illicites derrière les barreaux, remplacée par la privatisation des services au sein des prisons. Enfin, cette américanisation des prisons ne touche en rien les causes sociales de la délinquance ou de la criminalité, c’est-à-dire la pauvreté, les inégalités, le manque d’éducation, de soins, d’emplois décents, ni le système policier et judiciaire impitoyable envers les pauvres et les opposants.   


Conséquences d’un isolement prolongé pour un détenu de plus de cinquante ans

Abdelkader Belliraj a 64 ans. Dans une étude américaine, des scientifiques ont analysé les effets particulièrement dangereux de l’isolement prolongé pour les personnes au-dessus de 50. On peut y lire que « l’enfermement en isolement peut provoquer toutes sortes de troubles psychologiques irréversibles tels que : l’anxiété, des hallucinations, le rejet de la société, une tendance à l’agressivité, la paranoïa, des dépressions profondes et même des comportements suicidaire… A long terme, le confinement solitaire met la santé physique et mentale des personnes plus âgées en danger, parce que ces personnes souffrent souvent de plus de problèmes de santé chroniques, comme les maladies de cœur, la maladie d’Alzheimer, le diabète ou des problèmes broncho-respiratoires… 73% des prisonniers au-dessus de 50 ans souffrent d’au moins une de ces maladies chroniques. Pour eux, l’enfermement solitaire est particulièrement dangereux ». Selon le Dr. Brie Williams de l’Université de Californie, le confinement solitaire de personnes plus âgées risque de développer ou d’aggraver les maladies chroniques : « – le manque de lumière naturelle et de soleil peut causer de sérieuses déficiences en vitamine D et augmenter le risque de fractures osseuses ; – le manque de stimulation sensorielle dû au confinement prolongé dans une chambre vide peut détériorer la santé mentale et conduire aux pertes de mémoire ; – les limites extrêmes imposées à la mobilité corporelle par le manque d’espace ne peuvent que détériorer le corps privé d’exercice. »[1] On peut affirmer que l’isolement prolongé, en particulier pour les personnes plus âgées, est une forme de torture, tuant à petit feu un être humain au niveau physique et psychologique. Une vérité scientifique qu’on ne trouvera pas dans les cours donnés par les formateurs américains au Maroc.    

Lors de son procès...
photo dhnet 

L’affaire Belliraj, un procès inique dénoncé par tous les observateurs

L’affaire Belliraj a commencé en 2008, lorsque le ministre marocain de l'Intérieur de l'époque annonce en grande pompe le démantèlement, par l'arrestation de 35 hommes, d’une des organisations terroristes « les plus dangereuses dans l’histoire du Maroc ». Le dirigeant du réseau serait Belliraj. Le procès monstre a eu lieu en 2008-2009 devant la Cour antiterroriste à Rabat avec comme liste de charges : « atteinte à la sécurité intérieure du pays, formation d'un groupe criminel visant à préparer et à commettre des actes terroristes, transport et détention d'armes à feu, falsification de documents officiels, don et collecte de fonds dans l'exécution de projets terroristes, vols multiples et blanchiment d'argent ». Mais dans les charges il n’y a aucun acte terroriste ou élément concret, ni contre Belliraj, ni contre ses 34 coaccusés, dont cinq dirigeants politiques et un journaliste d’Al Manar TV.  

Le déroulement de ce procès a été condamné de façon unanime, qu'il s'agisse des observateurs de l'ambassade américaine ou belge à Rabat, des organisations de droit de l'homme comme Alkarama, de la sûreté de l’État belge, ou d’un journaliste de La Libre.[2] Le 6 août 2009, Wikileaks de Julian Assange dévoilait un courrier de l’ambassadeur américain à Rabat, Jackson, dans lequel ce dernier s’inquiétait sur le respect des droits de l’homme au Maroc dans le procès contre Abdelkader Belliraj : « Les preuves contre tous les accusés ne se basaient que sur les déclarations des prévenus à la police ».[3] Violette Daguerre de la Commission arabe des Droits Humains  qui a assisté au procès, écrivait dans son rapport : « La Cour n'est pas parvenue, malgré un an et demi d'audiences successives, à prouver une quelconque accusation à l'encontre de ces prisonniers, dont M. Abdelkader Belliraj ». Comme l’affirmait encore récemment Human Right Watch : « Plusieurs accusés, dont Belliraj, ont déclaré avoir été enlevés et avoir passé des semaines au secret, alors qu'ils étaient interrogés et torturés dans des postes de police. Tous les accusés ont déclaré avoir été soit physiquement contraints, soit amenés à signer de faux aveux, qui ont ensuite été utilisés comme principale preuve contre eux. Ni le tribunal de première instance, qui les a tous condamnés en 2009, ni la cour d'appel, qui a confirmé les condamnations en 2010, n'ont enquêté sur leurs allégations de torture. Leurs peines allaient de la prison avec sursis à la prison à vie »[4].


Innocenté et fin des poursuites en Belgique, mais rien ne change

Dans leur élan, les interrogateurs et tortionnaires marocains de la BNPJ (Brigade nationale de la police judiciaire) se sont dépassés. A la consternation de tous, ils ajoutaient à la liste d’aveux obtenus de Belliraj son aveu d’avoir commis six meurtres politiques pendant les années 1980, non-élucidés en Belgique (!), ainsi d’un vol à Casablanca pour lequel d'autres avaient déjà été jugés et condamnés. Aux enquêteurs belges qui ont interrogé Belliraj en prison au Maroc en 2008 et encore en 2010, Belliraj dira ce qu’il avait déjà dit au juge d’instruction Chentouf qui, selon ses habitudes bien connues, n’avait pas voulu l’écouter : « Tout est faux. J’ai été torturé pendant deux mois, pendu aux pieds, violé avec un baton. J’ai dû signer des déclarations les mains liées et les yeux bandés ». Et il cite même le nom d’un de ces tortionnaires, le colonel Ouazzani. Après enquête approfondie, le parquet fédéral à Bruxelles rend son rapport définitif en 2015. Il constate que l’enquête belge n’a pas permis de confirmer les « aveux » de Belliraj. Ceux-ci contiennent des éléments qui ne correspondent pas à la réalité, ni sur les armes utilisées, ni sur les lieux. Et « qu’aucun élément à charge ne peut être retenu à charge des personnes qui sont dénoncées par Belliraj ». Le parquet ne se prononce pas sur la torture décriée par Belliraj, mais suggère néanmoins sa forte probabilité : « Les détails qu’il donne à propos des traitements qu’il a subis seraient de nature à donner du crédit à ses allégations, ou en tout cas, sont interpellant ».[5] En 2020, un arrêt de la Cour d’appel de Bruxelles met une fin définitive à l’affaire des six meurtres, en déclarant « l’action publique éteinte par la prescription pour la totalité des infractions mises à charge des inculpés Abdelkader Belliraj et « X ».[6]   

Pour quand une réaction du monde politique belge ? Pour quand une interpellation parlementaire ne fût-ce que pour demander son transfert en Belgique ? La ministre Sophie Wilmès avait dénoncé la condamnation de l’opposant Navalny en Russie à « deux ans et huit mois en colonie pénitentiaire, en indiquant que la réponse européenne devra prendre la forme d'un "message fort" du Haut représentant Josep Borrell lors de sa prochaine visite à Moscou »[7].

Lors de leurs prochaines visites au Maroc, la diplomatie belge enverra-t-elle un même message fort au Maroc concernant Abdelkader Belliraj ? Rien n’est plus sûr.  

 



[1] “Aging Alone: Uncovering the Risk of Solitary Confinement for People Over 45”, UNE ÉTUDE AMÉRICAINE MONTRE QUE L’ENFERMEMENT EN ISOLEMENT MET LA SANTÉ PHYSIQUE ET MENTALE DES PERSONNES AU-DESSUS DE 50 ANS GRAVEMENT EN DANGER. http://supermax.be/une-etude-americaine-montre-que-lenfermement-en-isolement-met-la-sante-physique-et-mentale-des-personnes-au-dessus-de-50-ans-gravement-en-danger/

[2] http://prisonnierseuropeensaumaroc.blogspot.com/2013/10/le-proces-belliraj-en-belgique-appel-la.html

[5] Parquet fédéral Bruxelles, le 14 janvier 2015, Conclusions du Ministère public

[6] Arrêt 2020/4659 Cour d’appel de Bruxelles, Chambre de mises en accusation

lundi 29 mars 2021

L'enfant du parloir, par Marcus

 

                      

Ce matin-là, elle était venue me rendre visite à Lantin. Pour ces rencontres, l'administration pénitentiaire avait prévu un long couloir avec une vingtaine de petites salles, chacune divisée en deux, un carreau faisant office de mur de séparation. 

                  Pour accéder à ce lieu sinistre, il vous faut évidemment montrer patte blanche et se fournir de tous les documents nécessaires demandés par les autorités.  Ceux qui sont passés par là savent à quoi je fais allusion. Il n'est pas rare que des personnes jettent l'éponge devant tant de formalités. Je pense surtout aux personnes âgées, ayant emprunté de nombreux transports avant d'arriver à la prison où ils se voient refouler parce qu'ils ont oublié un papier. Le système est redoutable et surtout intransigeant ; malheur à qui ne s'y conforme, il sera rejeté sans autre forme de procès. Certains pourtant s'accrochent, car ils savent que cette visite est importante, qu'ils ne pourront peut-être plus revenir, parce que le temps fait son œuvre, parce que la condamnation est disproportionnée au peu qu’il leur reste à vivre.  Cette première visite, comme vous pouvez le constater, peut prendre des semaines avant d'aboutir. « Il faut aimer cette personne pour arriver au couloir des visites, c'est une certitude ».

                 La femme qui partage ma vie se trouve devant moi, elle me signale qu'un de ses enfants a souhaité l'accompagner. Je lui demande où se trouve cet enfant.

                  « Il est dans le couloir, il nous entend ». Elle me fait signe qu'il pleure, qu'il est traumatisé par cette rencontre et cet endroit. Face à cette situation, c'est à mon tour d'être traumatisé et je sens que je vais défaillir. Je regarde le plafond en espérant que Dieu me vienne en aide. Il me faut réagir au plus vite pour sortir de ce drame. Heureusement, vous pensez bien que j'ai aussi appris la maîtrise. Cette maitrise peut servir lors d'un interrogatoire, la conduite d'un véhicule volé, dans bien de faits mais ici, c'est du jamais vu, on ne trompe pas un enfant d'un claquement de doigts, surtout celui dont on a tenu la main, ou encore avec qui on a joué et qu’on a serré dans les bras.

                 La porte du parloir finira par s'entrouvrir avant qu’on ait trouvé les mots pour le tranquilliser. L'enfant apparaît devant moi, les yeux rougis, des larmes qu'il ne cache même plus, ensuite, le silence de nos regrets devant cette innocence. 

                 Pendant toute cette visite, l'enfant est resté accroché au cou de sa maman sans dire un mot, me regardant intensément.

                 Vous avez des juges qui condamnent, le code pénal en main, le silence de cet enfant était bien plus redoutable que tous mes juges réunis.     

A+ Marcus 






samedi 30 janvier 2021

Stéphane à Lantin , par Marcus


De tout temps il y eut des hommes dont la richesse et le pouvoir étaient le sens de leur vie. 

Il me faut vous raconter l'histoire de Stéphane, citoyen du beau pays de Liège, à sa dégringolade. 

Après avoir réussi brillamment ses études, Stéphane se lance dans la politique. IL eut pour père un certain Daerden, bourgmestre d'Ans, un ministre bon vivant, aimant évidemment la bonne chair et surtout œnologue hors-pair.

 Comme je vous le disais, Stéphane avait tout pour être heureux mais, comme blanchette, il briguait le sommet de la montagne. Arrivé à l'âge adulte, la première chose qu'il fit fut de détrôner celui qui, confiant, l'avait emmené sur les premières marches du pouvoir. Il prit le trône, laissant un tabouret à Papa.  

L'appétit vient en mangeant. Stéphane se changea en ogre en s'accaparant des affaires douteuses, aux côtés d'hommes peu scrupuleux, aidé d'avocats champions de toutes procédures. Comme le semeur, il passait d'un champ à l'autre, ignorant souvent que cette terre n'était pas la sienne et recueillant ensuite au centuple le fruit de son travail dans un mépris total aux propriétaires des terres spoliées. 

Les choses allèrent à bien de son pas diligent (La Fontaine).

Obscurs témoins, devant la passivité de la justice, les journaux finirent par prendre l'affaire en main. Nul ne s'étonna de ces investigations apportées par les journalistes alors qu'elles auraient dû venir du palais de justice. Derrière ses œillères, Stéphane et sa garde d'avocats ne virent arriver le danger ; la calèche d'or se transforma en fourgon cellulaire d'où Stéphane et ses acolytes traversèrent le village de sa gloire passée pour se rendre à Lantin. Nul ne vous dira s'ils firent cette longue route en pleurant.


Lantin ! Ce nom sonne comme le chant des morts, là où finit l'histoire. 

J'imagine Stéphane et sa horde arpentant ce long couloir où se trouvent les salles d'attentes pouvant contenir chacune, plusieurs dizaines d'individus. Nos pandores lui enlèvent les menottes et il entre dans cette grande pièce où des bancs solidement fixés aux murs sont des meubles.

A cette heure tardive, le préposé aux fouilles met des heures à venir car, ici, le temps s'arrête. Stéphane est ensuite conduit à la pièce des fouilles. Un détenu s'empare d'une pile de linge préparé et met cette pile sur le comptoir, il y a des draps, des essuis et puis ces vêtements d'une autre époque qui surgissent comme d'un livre d'histoire. Le cauchemar commence, 

" Déshabillez-vous complètement et prenez cette douche, profitez-en, la suivante sera dans trois jours" crie le préposé. On lui saisit ses bijoux ainsi que son argent pour mettre le tout dans une enveloppe qui rejoindra le coffre du greffe. Stéphane suit le déroulement de la scène complètement résigné ; les interrogatoires l'ont complètement anéanti. 


Ce n'est pas tous les jours qu'un gardien peut conduire un homme d'"affaires" en cellule, d'ailleurs, c'est un gradé qui prendra cette fonction exceptionnelle.  Stéphane aura une cellule propre au niveau 1. Il ne sait pas que pour les autres entrants, faute de place, le cachot est souvent réquisitionné en attente qu'un nouveau duo ou un trio puisse être constitué. Il entre dans son nouvel univers où, sur deux sur trois se trouvent une table, une chaise, une armoire, un WC, un paravent, un lit. Il se demande comment il va évoluer dans un espace aussi restreint ! Ce qu'il ignore, c'est qu'il dispose de privilèges. Il est seul dans une cellule propre. D'autres, dont souvent de très jeunes, croupissent à deux voir plus sur cette surface identique et sale. Quand j'écris identique, je fais une énorme erreur puis qu'il n'y a plus de meubles dans la plupart des cellules, les affiches ont remplacé la couleur des murs, des matelas jonchent le sol parce qu'il n'y a plus de chaises, ...

Il ne saura sans doute jamais ce qu'est une vie à deux ou à trois dans moins de neuf mètres carrés, avec un autre détenu fumeur ou malade, avec un drogué se réveillant au milieu de la nuit en hurlant ou d'une autre personne accrochée au téléviseur à regarder des dessins animés jour et nuit ou mettant à fond le son pour mieux entendre une musique débile. Non, il ne connaîtra l'odeur repoussante de certaines personnes imposées contre son gré, il ne connaîtra non plus la gêne de se laver ou de déféquer à quelques centimètres de "l'autre".

Après vingt-quatre heures passées à cet endroit, il demande déjà son transfert vers une autre prison plus soutenable. L'homme le plus riche de la prison impose et en impose déjà alors qu'il dispose pourtant d'un tout autre régime. 

Je crois qu'il a raison de se battre pour sortir de là. Mais je pense avant tous à ces femmes, ces hommes, à ces jeunes qu'il laisse derrière lui sans réagir et qui eux devront continuer à croupir dans cet enfer. 

Eux n'auront part d'un peu d'humanité de cet homme complètement bouleversé et là, je le maudis. 


      A+ Marcus

dimanche 29 novembre 2020

Devoir de mémoire : la violence carcérale en trois exemples, par Marcus

 Il y a des moments que l'on ne peut oublier.  Il m'est difficile à vous les décrire car je sais qu'inévitablement mes nuits seront courtes. 

Pourtant, c'est un devoir de mémoire qu'il faut à tout prix divulguer pour ne plus voir de pareils comportements. 

Le premier sujet démarre avec ce jeune mécontent parce qu'il est passé plus de seize heure et qu'il n'a pas reçu sa cantine, et nous sommes vendredi ! Il demande avec insistance à voir un chef de quartier. Pour toute réponse, on lui envoit l'équipe de choc !  Une dizaine d'hommes, matraque en main, débarquent sur le niveau, les autres gardiens des autres niveaux sont requis, non pas pour aider leurs collègues  mais, pour se placer devant les œilletons pour cacher la scène qui s'ensuit. 

Dans le deuxième exemple, c'est encore plus insignifiant. Il est sept heures, on amène le déjeuner. Deux gardiens ouvrent les portes, discutant entre eux. L'un dit à l'autre " aujourd'hui, on va saquer dedans! ". De fait, les fouilles de cellules commencent après le service déjeuner. Ce jour-là tous les cachots furent occupés, coïncidence me direz-vous. 

Dans le troisième exemple, nous sombrons dans l'absolu ; un détenu de la tour pique une crise de nerf dans sa cellule. Il s'y trouve seul ne menaçant personne puisqu'il y est enfermé. Les gardiens décident de le calmer en vidant un extincteur par l'orifice servant à servir le courrier. Le résultat escompté est pire, la lance d'incendie remplacera l'extincteur. L'équipe de choc fera le reste, à savoir, une entrée en force et à étouffer le détenu. Les gardiens diront qu'ils sont intervenus parce que Henry Charlet démolissait sa cellule! Henry est mort pour cela. Pour ceux qui ne savent ce qu'est une cellule de Lantin, je vous envoie une photo. 

Il me reste un fait à raconter. Ce fait se déroula au sein de la prison de Mons dans les années 2007. Des gardiens et une gardienne en proie d'ennui sans- doute, ne trouvèrent rien de mieux qu'à mettre des détenus attachés en laisse et à poil au milieu de l'aile puis à les obliger à manger  des morceaux de sucres jetés au sol sans l'aide des mains. La scène fut filmée puis diffusée sur les réseaux sociaux, ce qui leurs valurent une comparution devant le tribunal de Mons le 26 juin 2008. L'indifférence aurait été d'ignorer toutes ces choses mais ma mémoire ressurgit avec mon enfance tumultueuse où personne ne voyait rien et laissait faire. 

Ce 26 juin 2008, je me suis donc rendu devant le palais de justice traînant un mannequin ressemblant à un prisonnier pour ainsi montrer au peuple bienveillant, les dérives du système et ma désapprobation. La RTBF retransmit mon passage au journal du treize heures. 

 Contre la mort d'Evrard Chavez , dans le documentaire " Qui prier pour oublier ", vous  verrez quatre "anciens "devant le palais de justice de Liège, face à quatre-vingt gardiens, afin que pareilles choses ne se reproduisent. 

Ma nuit va être longue encore.

A+ Marcus

Post scriptum

Le temps fait son oeuvre des blessures passées. Ainsi, je ne suis pas rentré dans l'histoire de Sofie T ; une mère de deux enfants originaire de Quaregnon, décédée dans un des cachots de Lantin. Tout comme je n'ai abordé la mort par pendaison en 2001 d'un gamin de seize ans à la prison de Verviers.

J'ai évidemment tort d'écrire que le temps fait son oeuvre . Si j' y pense encore, avec vingt années écoulées, c'est une contradiction impardonnable. En t'écrivant ce vécu sur ces absurdités humaines, mes mains tremblent. 

Je te disais dernièrement que jamais, jamais je ne me rendrais à Auschwitz. Parce que je sais que ses murs, après plus de quatre-vingts ans parlent encore et je n'en reviendrais vivant. Nous sommes dans ' l'insoutenable ", je m'arrête .









dimanche 15 novembre 2020

La nuit de Noël en prison, je voudrais l'effacer de ma mémoire, par Marcus


Avec vingt années de prison derrière moi, la chose la plus troublante restera sans nul doute, les réveillons de Noël. Je voudrais effacer de ma mémoire cette nuit de fête. 

Si pour vous, le réveillon commence dans la soirée, il en est tout autre à cet endroit. Je me souviens qu'à cette occasion, le souper avait été servi aux environs de dix-huit heures, dans le large couloir des cellules, sur les quatre tables servant à jouer aux cartes, sans nappe ni déco évidemment. 

Toute l'aile pouvait, jusqu'à neuf heures, se distraire calmement. Une personne apporta sa radiocassette pour cette unique occasion. Pour seules boissons, nous n'avions que celles fournies par la cantine. Ambiance très froide me direz-vous ? C'est la prison et tout vous le rappelle. 

La chose qui me troubla fut de voir des hommes danser seuls, ce qui réveilla chez moi le spectre d'un dictateur Chilien auquel Sting consacra une chanson" She dances alone ". 


A huit heures quarante-cinq , les gardiens réapparurent, un gamin court vers moi avec une tasse vide; son trio n'a même pas du café en cette nuit. Ils sont nombreux à chercher dans cette dernière minute, une aide matérielle si infime soit-elle. Un autre me demande si je n'ai pas un peu de tabac car le service social débordé, il n'a pu fournir que des demis paquets.  

La nuit la plus longue de l'année peut maintenant commencer, loin de tous ceux que l'on aime, accroché aux programmes TV de celui qui en a payé la location.

A minuit pile, il se passe quelque chose qui n'arrive nulle part ailleurs : le concert des exclus de notre société peut commencer.  Chacun prend son plateau ou sa cafetière métallique et attend derrière sa porte le coup d'envois, on frappe alors de toutes ses forces et le plus longtemps possible sur cette porte fermée ou sur les barreaux pour rappeler à ceux qui nous auraient oublié, que nous sommes encore là, encore vivant. C'est un délire de quelques minutes auquel évidemment je ne déroge. Ce rituel, je l'ai vécu à maintes reprises sauf une fois ; c'était à la prison de Tournai, j'étais parvenu à soudoyer un gardien qui m'apporta un litre de vodka. Je me rappelle surtout du réveil, au cachot, et à poil, le lendemain du 25 décembre. 


 Noël, c'est aussi le colis que l'on peut recevoir. Comme dans les champs de batailles ou encore dans les camps sauf que l'administration y met son nez. Pas de parfum, pas de boîtes, pas de pralines, pas de plats préparés, pas de gâteaux! Que reste t-il me demanderez-vous? Demandez-leurs, je ne suis pas devin. 

De toute façon, pour avoir un colis, il faut avoir de la visite. 

Pour avoir un colis , il faut d'abord exister pour quelqu'un ! " 

samedi 3 octobre 2020

Zoom sur "Face au juge": l'émission qui cartonne sur RTL, par Marcus


(photo RTL play) Durant six semaines, chaque dimanche, Julie Denayer s'est invitée sur nos petits écrans pour nous présenter la troisième saison de "Face au juge" sur RTL, nous plongeant au coeur des tribunaux de Bruxelles, Charleroi et Visé. Cette nouvelle saison, qui s'est terminée dimanche dernier, a battu tous les records ..

L'émission que vous animiez  est maintenant bien loin, ce qui me permet ce soir de donner mon avis .

Je ne vous cacherai pas que souvent, je me sentais mal à l'aise au vu des protagonistes mis sur la sellette . Mal à l'aise, par l'inculture qu'ils affichaient face aux juges érudits appelés à les condamner. Le spectacle était omniprésent, l'affaire était dans la boîte ou plutôt emprisonné, le public peut maintenant dormir sur ses deux oreilles.  

Je suppose, compte tenu du succès, qu'on recommencera l'année prochaine !

Je pense qu'avant d'être présentatrice, vous êtes avant tout une journaliste et je me dis que ce petit bout de femme va aller plus loin, beaucoup plus loin pour voir les choses enfin changées. 

Je me dois de vous dire que j'ai fait plus de vingt ans de prison, mes délits n'intéresseront personne et ce n'est donc pas le sujet. 

Non, le sujet, se sont les personnages que j'y ai rencontrés; je me souviens du patron d'Interagri, du directeur de la SMAP, des deux patrons du recyclage d'Herstal, du patron des thermes de Chaudfontaine ... La liste est évidemment très, très longue. Ces personnages n'ont fait que quelques mois, voire quelques jours de prison. Il y en eut d'autres, beaucoup plus nombreux, qui, grâce à des procédures et de bon avocats évitèrent ce passage. 

A côté de chez moi vivait une personne qui détourna plus d'un milliard aux handicapés. Vivait, car aujourd'hui parti, laissant à ses héritiers les sommes colossales détournées. Dans les gros œuvres on n'oubliera pas le milliardaire qui dévalisa la sidérurgie Wallonne et qui fit des ravages jusqu'en Amazonie, également parti vers l'enfer j'espère. 

Vous avez développé la partie de l'iceberg ou siégeaient les pingouins et les otaries ; les ours auraient-ils droit au repos éternel ? Serait-il possible pour vous de demander aux juges que vous avez rencontrés, les motivations qui les poussent vers ces hommes perdus et souvent incultes plutôt qu'à ces monstres adulés de notre société ? 

Sur le site " écrire à Christophe Barratier " se trouve une nouvelle qui s'intitule " Le monstre de la cathédrale ". Il y a d'autres nouvelles que je vous invite à lire sur ce site car, on est ardemment occupé à construire de nouvelles prisons , " qui ira " ne fait pas de doute  . 

Avec abnégation je vais devoir continuer à témoigner dans vos écoles et vos universités, des congrès, je sais qu'un jour les choses changeront . 

A+ Marcus