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lundi 16 mai 2016

Vendredi 27 mai : Masse Critique contre la méga-prison de Haren

VENDREDI 27 MAI
MASSE-CRITIQUE CONTRE LA MAXI-PRISON

départ à 18h
Porte de Namur
(Bruxelles)

Enfourchez votre bicyclette pour une balade manifestive et informative contre le projet vivement contesté de maxi-prison à Haren. Le parcours depuis le centre de Bruxelles jusqu’à Haren sera ponctué de quelques étapes qui nous offriront l’occasion de s’informer sur différents aspects de ce projet pharaonique, de la lutte menée contre celui-ci et du système carcéral en général. La Masse-Critique se terminera en fanfare (on l’espère) et en pic-nic (auberge espagnole) à Haren.


2 ateliers sont prévus pour préparer la masse critique contre la maxi-prison

Samedi 21 mai à partir de 13h
Atelier déco vélo Pimp your bike

Mercredi 25 mai à partir de 15h
Atelier calicot, banderole et sérigraphie


LA MAXI-PRISON EN QUELQUES CHIFFRES
- Une capacité de 1200 détenu.e.s
- 19 hectares de terres agricoles et de nature bétonnés
- Un partenariat public-privé de 25 ans qui coûtera plus de 3 milliards d’euros
- Un lieu situé loin du coeur de Bruxelles, difficilement accessible pour les familles des détenu.e.s

Tract à télécharger (pdf - 2 Mo - 4 A6 n&b)
Affiche à télécharger (pdf - 2 Mo - A4 n&b)


mercredi 29 mai 2013

Je vous mets au défi



Arrivée au croisement, me voici maman ou tyran ?
J'agis et vous semblez être dans l'allergie.
Douceur, fragilité, mais au dedans ?

Je vous mets au défi de tenir ce que j'ai tenu jusqu'à me brûler les ailes.
Je vous mets au défi de garder la raison, à chaque fois que la folie me guettait.
De vos petites chaumières, au chaud, cajolés ou assistés, vous vous êtes
permis de me critiquer.
Je vous mets au défi d'enlacer vos enfants, de les rassurer, quand votre intérieur n'est plus qu'un chantier.
Je suis debout, je suis amoureuse de la vie, jamais je n'ai renoncé.
Je vous mets au défi d'harmoniser la tenue de vos enfants, de leur offrir des moments de vacances, de continuer à leur tracer la route alors que l'horizon semble aride.
Vous avez été vils, vous avez critiqué la femme avant la mère.
Mais je vous mets au défi de réussir le soir à regarder votre amie solitude, de croiser votre amie angoisse et de ne pas sombrer.
Je vous mets au défi de continuer à tendre les bras, sourire, partager et même donner.

mardi 22 janvier 2013

Le Journal de Souad : Je n'aurai plus peur


Photo Marcel Mussen

Chante

Chante, chante pour moi.
Mon âme m'a désertée et que suis-je sans elle?
Ma candeur, ma jeunesse volatilisée, mes espoirs décimés
Subtil est l'instant, celui qui m'ampute de mon passé
Celui qui me rappelle, sans cesse, que le temps a passé
Chante pour moi, aussi loin que je puisse entendre l’écho me renforcer.


Libre

Un jour, je serai libre de mes défauts, libre de ma naïveté
Un jour, je rentrerai à la maison, chez moi
Un jour, je comprendrai le monde et je me barricaderai
Un jour, j'éviterai de tendre les armes contre moi
Un jour, je serai avec moi et je n'aurai plus peur.


Je veux juste être apaisée

Je me retrouve seule pour un petit moment
je suis de par ma faute dans une situation complexe
mon empathie m'a conduite dans une situation difficile
je pleure en me cachant,
car je me sens envahie,
toujours en quête de quelque chose,
mais je ne sais trop de quoi.
Je me sens meurtrie,
pourquoi ai-je l'art de me dessaisir de ma liberté,
est-ce parce que je ne connais que les chaînes?
Je veux juste être libre,
je veux juste être apaisée.

samedi 10 novembre 2012

Le Journal de Souad : Overdose




retranscrit le 11 juin 21h.

Il gît à même le sol, j'avance vers lui, on dirait qu'il est mort, je tremble, je dois chercher du secours,
j'appelle et, bien sûr, tous ceux qui sont présents accourent.
J'ai du mal à tout comprendre, mais je sais que c'est l'overdose ; il s'est piqué ; à l'époque, le terme « fix » correspondait au fait de s'administrer l’héroïne de cette manière, je savais ce que c’était, mais, aujourd'hui, il s'agit d'autre chose.
C'est un jour de semaine, je suis formelle, ma mère travaille, je ne sais plus qui s'est chargé d'appeler l'ambulance mais ils l'ont pris en voiture.
Un jeune du quartier m'a lancé : "je sais pourquoi ils n'ont pas attendu l'ambulance. C'est pour qu'ils ne sachent pas qu'il se drogue ».
C'est une aberration d'enfant puisqu'à l’hôpital, ils sauront...
Je lui ai répondu : « C'est pour le sauver qu'ils n'ont pas attendu ».
Le lendemain, je l'ai vu à l'école : il était dans ma classe.
J'étais malade, sachant qu'à la récré, ce serait le sujet de conversation.
Tant pis, j'aimais mon frère et l´essentiel était qu'il soit sauvé, hors de danger.  

mardi 6 novembre 2012

Le Journal de Souad : Visite à Forest


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photo Marcel Mussen


Le 30 novembre 1991

Les jours passent sans que je m'en rende compte.
Ce matin, je suis à la prison de Forest.
Je viens rendre visite à mon frère.
Ça fait trois semaines que je ne suis plus venue.
Je suis fatiguée, même épuisée de penser.
Je ne suis plus allée au cours depuis mardi, je n'ai même pas pris la peine d'avertir l'école et les stages.
Voilà que je suis perdue, rien n'a d 'intérêt à mes yeux.
Je me suis disputée avec une amie, je ne cherche après personne, je me sens comme une vermine, je n'arrive pas à extérioriser ce que je ressens, toujours cette envie de tout abandonner.
Je me livre à la lassitude, sans combat.
Ma douleur, celle qui domine, c'est l'absence de ma sœur, sa mort.
Quand j’accoure vers mon frère, je voudrais panser sa douleur afin d'atténuer la mienne.
Tout en pensant à son isolement, au manque face à sa toxicomanie.
Pourtant, je suis affaiblie, j'ai la foi, mais la mort, c'est la fin, la mort, ce sont les remords car on ne peux plus réparer.

Le Journal de Souad : Les étoiles


photo Marcel Mussen

Il s'en est allé vers une porte inconnue.
Impossible de décrire où elle le mène.
Après, c'est l'inconnu. 
Il y a le temps, celui qu'il nous est donné de vivre, et le temps s'en est allé.
Sa mort fait écho en nous ; car elle représente la mort de toutes les petites étoiles qui meurent au quatre coins du monde.
Célèbre ou pas, une âme qui s'éteint suscite en nous l'émotion, l'angoisse, car c'est l'inconnu.
Nous sommes préparés à cette certitude mais la vie nous aspire et nous fait oublier, parfois même virevolter.
Alléger la sentence en vivant du mieux que l'on peut.
Amputée d'une époque : c'est ce que je ressens vivement.

Le Journal de Souad : L'esprit d'un enfant


Photo Marcel Mussen


Je ne la vois pas assez, elle me manque terriblement, je pense souvent que si je laisse ma ration de nourriture, elle ne devrait pas travailler autant.
Alors, quand les plats sont chers, je dis que je n'aime pas.
L'esprit de l'enfant peut être tellement perturbé par ce qu'il entend ou ce qu'il interprète.
Ce sont ses moyens, si l'adulte n'explique pas, ou ne rassure pas.
Combien de situations un enfant vivant dans une famille doit-il gérer ?
Perdu, errant : qui détient les réponses ?
Je prône l'innocence de l'enfant, je sais avec certitude que si la souffrance est prise en compte, si on est bien entouré, on peut solutionner.
Mais combien demeurent seuls ?
Qu'advient-il de ces enfants ? La réalité les fait bien souvent démissionner de la vraie vie.
Celle à laquelle ils ont tous droit.


4 décembre 2010

mercredi 24 octobre 2012

Le Journal de Souad : Mon arme, l'écriture


photo Marcel Mussen

Comme d'habitude, je prends de quoi écrire, il faut que je me soulage.
Ce nœud à la gorge m'étouffe ; espérer, encore espérer, mais espérer quoi ?
Et jusqu'à quand ?
Depuis trop d'années, je refuse le passé, mais le futur me semble chargé des mêmes déceptions.

Ce matin, c'est différent.
Je n'ai jamais voulu perdre espoir, mais là je ne peux plus me mentir.
Je n'attends plus rien. Je ne veux pas de compréhension, je ne veux pas de pitié.
Mon cri de détresse, je ne veux pas qu'il soit entendu, non, je ne le veux plus car
Il est sourd de communication, sombre car étouffé par la lueur, il est libre de privation.
Toi qui m'entends,
Toi qui sais et qui vois, dis-moi : qu'ai-je donc fais pour mériter cela ?
Depuis toute petite, je suis blessée, mal d'être ce que je suis, et pourtant je ne peux me défaire des miens.

Le Journal de Souad : Saison dans nos vies


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photo Marcel Mussen

C´était une toute autre saison : le soleil brillait, l'éclat s'en ressentait, une chaleur intense qui vous permettait d'espérer que plus jamais il ne fera froid, comme pour rendre l'hiver inerte ou inexistant.
Irréel de penser à la neige, au froid, car il faisait trop beau, même dans mon cœur.
Le bonheur tout simple : partager un moment semblant indescriptible.
C'était une autre saison, si lointaine, inexistante à présent.
Ce soir, il neige dans la rue, les toits, les maisons, tout est blanc , mon cœur est nostalgique, mais heureux de t'avoir rencontré.
19 novembre 1991

samedi 20 octobre 2012

Le Journal de Souad : Lettre à un juge

photo Marcel Mussen


Votre honneur
Je me permets, par la présente, de vous écrire ces quelques lignes afin d'intercéder en faveur de mon frère.
Mon objectif n'est pas de le disculper mais de vous demander de vous pencher avec humanité sur son cas.
Je ne sais plus le nombre de condamnations qu'il a eues ; je pense qu'il serait temps de réaliser - sans vous heurter, votre honneur - qu'aucune solution n'est ressortie de ces nombreuses années d’incarcération.
Le recondamner, c'est postposer un nouveau démarrage,
Sauf qu'à sa prochaine libération, il aura perdu quelques années de vie, il aura nourri encore plus de sentiments négatifs.
Sauf, votre honneur, que la prochaine séquence de liberté sera encore plus difficile pour la réinsertion.
Je souhaite que vous vous penchiez à nouveau sur ce que Justice veux dire, sur ce que Justice doit apporter.
Punir quand il faut soigner ? Enfermer plus longtemps quand on est récidiviste, et pour les mêmes faits ?
Peut-être que, pour vous, ce ne sont déjà plus des humains ? Peut-être que, pour le système judiciaire, c' est trop onéreux de réfléchir à de vraies solutions ?
Cependant, pour nous, ce sont des fragments de nos chairs, ce sont nos frères, ce sont des êtres qui nous sont chers.
Peut-être que la différence se situe là.

Le Journal de Souad : Mon père


photo Marcel Mussen
 
Immigré des années 60,
Une valise à la main, sillonnant le quartier du Midi, dans un pays qui deviendra le nôtre.
Tu es venu avec une valise.
Une valise qui résume à chaque fois nos fins d'histoire ; celle de nos unions, celle de nos divorces.
Combien de fois tu es parti, même sans valise ?

J'ai l'impression de ne pas t'avoir connu.
Alors, pourquoi je souffre de ton absence ?
Alors, pourquoi je t'aime ?
Alors, pourquoi je continue à te chercher ?
Pourquoi on n'a pas pu avoir de père ?
Tu as immigré pour nous offrir une vie meilleure, ce fut sans doute ta seule intention,
Mais que de mauvais choix cela a engendré.

samedi 13 octobre 2012

Le Journal de Souad : Prison


Photo Marcel Mussen


Assis dans un espace étroit, des murs à ne plus en finir.
Des règles, des devoirs, des habitudes.
L'humain enfermé pour diverses raisons, mais au même endroit,
Ce n'est pas juste : je dirai toujours que les toxicomanes n'ont rien à faire en prison.
Pourquoi, occulte-t-on ce problème majeur ?
A l'heure où la technologie est mise en avant, on exclut l'être humain.
Le système carcéral ne pense plus solutions,
Les maillons faibles sont relégués au dernier plan, et le plan c'est la prison.
Qu'est-ce qui fait que le taux de récidive est si élevé ?
Pourquoi ne réintègre-t-on pas Luk Vervaet ?
Pourquoi des détenus comme Nordine Benallal sont-ils dans un isolement inhumain, alors que fleurissent toutes sortes d'associations en ce sens et pour ce combat ?
Est-ce un leurre, une forme d'exemple comme pour Ali Aarrass ?
On sait pertinemment que ce sont des délinquants de première zone, qui se sont empêtrés dans un système boule de neige.
Concernant Ali Aarrass jamais, personne ne dévoile des preuves tangibles ; quels sont les faits qu'on lui reproche ? Toujours rien.
Des familles comme la mienne qui ont été victimes du fléau ravageur qu'est la drogue, et à qui la justice a collé un étiquette de dealers.
Tous rangés à l'étroit pour être encore plus exposés à la folie, car je n'ose imaginer tout ce que les prisons ont abrité, non je n'ose l'imaginer.

Le Journal de Souad : A mes parents


Photo Marcel Mussen

A ma mère, à mon père


Tu as pu nous offrir la chance, en te sacrifiant,
Tu as donné sans regarder,
Tu as partagé sans compter; je te demande pardon,
Je suis et demeure ta fille ; ta douceur n'a jamais été dans les gestes,
Ton amour n'a jamais été en paroles,
Tu es la mère la plus forte que je connaisse,
J'ai longtemps puisé la force en te regardant,
Petite, je t'attendais des heures à la fenêtre.

Mon père à l'étranger, il devint vraiment un étranger que l'on aime, qui nous manque, mais qui est absent de tout notre univers ;
Oui, perdre son père sans comprendre ce qui se passe exactement ;
Univers de questions, pas d'au-revoir ;
Des bribes de souvenirs, d' images,
Je me suis accrochée à toi mais avec trop de pudeur au point que je n'arrive pas à t'entourer de mes bras,
J'ai perdu mon père sans avoir le courage de le prendre dans mes bras, je suis rentrée plusieurs fois dans sa chambre pour l'enlacer et lui dire :
Je t'aime Papa, tu manques à ma vie, mais j'ai pas su ;
Je savais qu'il était condamné : tout au plus 4 mois m'avait précisé le spécialiste.
Je devais rentrer à Bruxelles et reprendre un billet pour les semaines à venir.

J'étais avec ma grande sœur, nous quittions le Maroc ; j'avais deux enfants, un petit de 4 ans et une petite de 2 mois environs.
C'était le 4 mai, je n'oublierai jamais.

J'avais un sentiment de fin, je ne reverrai jamais mon père.
Pourtant, dès mon retour, j'ai pris des billets d'avion pour le 8 juin ; ce voyage tombera à l'eau : un autre drame m'attend quelques jours avant.

JE T'AIME PAPA D'AUSSI LOIN QUE TU PUISSES ÊTRE,
JE T'AIME MAMAN POUR TOUT CE QUE TU AS SU TENIR ET MÊME RETENIR.

Le Journal de Souad : Répétition



J'ai mal, toute cette douleur me consume, jaillit en colère.
Je ne sais plus, le rire je ne le sens pas, ma douleur m’assiège,
Mon texte c'est moi, incompréhensible destin.
Qu'on ne me juge pas, personne ne vit à ma place.
Ne mesurez pas ma foi, n'essayez pas de déterminer le pourquoi du comment.
Je hurle étouffée par la discrétion, endormir la douleur, j'y croyais encore mais j’échoue sur des rives trop connues,
La prison encore, de là où je ne l'attendais pas, annoncer à mes enfants l’incarcération de leur père...
J'entends les jugements, non mon ex mari, n'était pas dans la délinquance...
Quand je me suis mariée,
Je n' ai plus l'envie de lutter, je vais avec la vague, avec le choc.

Le journal de Souad : Lassitude


photo Marcel Mussen


Je suis lasse, perdue, le regard hagard, je me fais défaut,
Je vais avec la vague, je ne lutte pas, haut le cœur,
Je veux me blottir contre moi, comme, je peux, je me dois de me tenir, pour me contenir,
Faire tomber les masques de ceux qui ne vous aiment pas, c'est dur,
Parfois, je ne sais plus si tout est lié, si tout est faiblesse, ou simplement si le gouffre est le plus fort,
Seulement , je suis croyante et je te supplie seigneur de ne pas m'abandonner comme je l'ai fait,
Je te supplie seigneur d'apaiser ma conscience et de me pardonner toute forme de faiblesse.
Les responsabilités me croulent dessus, je n'arrive pas à me défaire.

mercredi 29 août 2012

Le Journal de Souad : "Passe muraille"


Photo : Marcel Mussen


Je me revois assise, peut-être que j'avais 11 ans, 12 tout au plus : j'écoutais « passe muraille ».
C'était une radio qui permettait de faire passer des messages entre les détenus et leur famille et même de dédicacer une chanson.
C'était il y a une trentaine d'années.
Il n'y avait pas tous les moyens de contact d'aujourd'hui.
Il fallait écrire à la radio et toutes sortes de messages passaient.
Je m'isolais pour écouter ; cela m'affectait, je ressentais leur tristesse, leur panique.
Parfois, j'avais l'impression de me murer avec eux. Car ce monde, c'était déjà celui des miens, mon père, puis mon frère, puis mon autre frère.
Les années s'écouleront, puis ce sera mon plus grand frère...
J'écoutais, même si je ne maîtrisais pas tout le vocabulaire de ce monde.
Mon poste de radio défaillant, je tenais parfois l'antenne du bout des doigts.
L'émission passait le dimanche soir je pense. Difficile d'être formel, mais quelques heures en soirée.
Parfois, des copains de mes frères faisaient une dédicace, écrivaient ou citaient simplement leur nom et cela me touchait : je pleurais.

Souvent les animateurs de la radio, se disaient désolés de ne pouvoir lire tout le courrier ; c'était dur pour celui qui espérait un petit message, une pensée qui l'aiderait à tenir le coup, encore, jusqu'à la prochaine dédicace : l'attente où tout est attente...
Quand on est enfermé, tout est lent, et cela accentue la souffrance.
Un jour, je me suis sentie tellement envahie par ce monde tragique que, si gamine, j'ai voulu créer une association qui permettrait aux prisonniers de nous écrire, et nous, à partir de notre petit local, nous pourrions leur répondre et les consoler.
J'avais tout imaginé.
Je me suis rendue chez une dame qui tenait la maison des enfants ; elle s’appelait Fernande.
J'y ai passé quelques années dans ce local : "la maison des enfants".
Enthousiaste, je lui ai expliqué mon projet et elle, très attentive mais réaliste, m'a expliqué la réalité quant à un tel projet.
Moi je voulais de l'aide pour le local, les enveloppes et les timbres et j'étais sûre de trouver des bénévoles ; elle m'a expliqué que cette aide passait par des subsides et que vu mon jeune âge et surtout le sujet des prisons, c'était trop compliqué.
Anéantie, je me suis sentie seule avec ma tristesse et mon incapacité à aider les prisonniers.
Des années durant, ce projet m'a tenu à cœur mais j'étais si jeune et surtout seule, autour de moi, aucune des filles ne comprenait...jusqu'à beaucoup plus tard, beaucoup trop tard.

Le Journal de Souad : Pensée pour les opprimés

Photo Marcel Mussen

La tranquillité dans nos vies nous fait oublier qu'il y a un ailleurs diffèrent.
A force de facilité, nous oublions qu'il y en a tant qui ne savent pas ce que veux dire ce mot.
A force de plénitude, tu oublies de regarder le vide chez les autres.
Combien de sacrifiés pour vous ? Combien de terreurs pour eux ?
Le regard de chaque enfant est le tien.
La peur de chaque parent est la tienne.
L'humiliation, la peur, font partie de leur quotidien.
Un enfant que tu gâtes, que tu pourris, ne se rend pas compte que d'autres sont dépourvus.
Crois-tu que leur enfance vaut moins que la tienne ?
Croyez-vous que cette mère n'a pas droit à vos privilèges ?
L'erreur, ce n'est pas de gâter ses enfants, non, l'erreur c'est de leur bander les yeux.
C'est de les empêcher de reconnaître les besoins des autres car les leurs sont satisfaits.

vendredi 10 août 2012

Le Journal de Souad : Ma première petite prison


(photo Marcel Mussen)

mardi 13 mars 2012, 01h18

L'attente, dans un monde d'enfants, l'absence...
Ma première confrontation avec l'isolement, c'est aussi ma première petite prison, celle où, enfant, j'ai été placée.
Ma rentrée au sein de cet établissement a été un traumatisme géant, oui géant, car j'avais 6 ans...
Avant cela, nous étions ensemble, ma sœur cadette et moi, mais voilà, je clôturais mes 6 ans et nous devions être séparées.
Avec elle, tout me semblait différent, viable, elle me rappelait que je n'étais pas seule, et je lui renvoyais, sans doute, le même sentiment.
Je la protégeais par mon amour enfantin et sans paroles, elle venait seulement vers moi, cela voulait tout dire.

Je devais la quitter pour cette cause : ceux de 6 ans allaient dans une autre colonie. Je me rappelle cette déchirure, cette blessure ; je sais bien que tous les enfants ne le vivent pas ainsi, je le sais très bien mais nous sommes tous différents...
Je suis entrée dans ce dortoir ; les couvres-lits avaient une couleur criarde, qui m'agressait, je n'ai pas eu envie de dormir là et je me souviens ce que j'ai pleuré cette nuit en particulier.
Tout doucement, sanglots ravalés, mais une certitude : j'allais me réveiller, ce n'était qu'un cauchemar, jamais ma mère ne m'aurait fait cela, me laisser seule, toute seule.
Mais la porte se referme différemment sur chaque situation ; elle se referme brutalement sur le prisonnier, l'enfant isolé des siens, le malade...
Le réveil a été brutal : j'arrivais comme une intruse, la plupart se connaissaient, j'étais la nouvelle pour ces jours-là, elles allaient pouvoir s'amuser.
Les gosses peuvent être très méchants.

Le Journal de Souad : Nos amours se défont avant d'être faites



Photo Marcel Mussen

vendredi 16 mars 21h07 

A force d'habitudes nous nous adaptons à un mode de vie ; répond-il à nos attentes ?
Vivons-nous librement ? Avons-nous conscience de ce qu'est la liberté ?
Nous découvrons bien souvent que nos prisons sont internes.
Parce que schématisées, parce qu'endoctrinées, nos vies nous appartiennent-elles ?
Alors à quoi bon essayer de se défaire de ces sentiments ou de vouloir les refouler ?
Plus dramatique encore, nous agissons de telle sorte que notre propre entourage ne sache jamais à qui il a affaire.
La piste n'était pas la bonne, on change de route, celle-ci est trop sinueuse.
Ainsi nos parcours dans la vie se décroisent encore plus vite qu'ils se sont croisés.
Nos amours se défont avant d'être faites.
Et nos vies passent sans qu'on sache quand elles ont commencé.
Le tort à qui ? La propagation de la violence et de la haine est trop forte pour que l'on puisse entendre, comprendre, que les uns sont plus forts que d'autres.
Ce soir, j'en arrive à me dire que je ne veux plus voir personne, je veux dormir, ne plus penser.
Ma tête bourdonne, j'ai l'impression qu'elle va exploser.

Le Journal de Souad : Qui suis-je ?


Je n'ai pas réellement grandi, je fais souvent la balade entre hier et aujourd'hui.
Entre mes rêves et la réalité existe une humeur, un sentiment, une certaine nostalgie.

J'ai peur de ne pas être assez présente pour mes enfants.
Je sais que la vie est justement cette balade.
La porte se referme sur une certaine femme et fait place à une autre.
Laquelle est la plus proche de l'essence, laquelle est moi ?
Le visage, dans le miroir, n'est qu'un reflet. 
Qui suis-je ? 
Vers quoi je vais ?