mardi 25 février 2014

POSTERWORKSHOP Ateliers urbains / Werkplaats stad : Atelier Prison Haren

Pour voir les posters et les objectifs de l'atelier, cliquez ici : SOURCE

Bref historique
Bruxelles: Le déménagement des prisons de St-Gilles et Forest est annoncé pour 2016. De nouveaux bâtiments doivent être construits sur le territoire de la RBC. Ils ne pallieraient pas à la surpopulation, mais se contenteraient de reloger le nombre de détenus incarcérés actuellement à St-Gilles et Forest, où le déménagement pose la question du devenir des 10 ha du site actuel.
La nouvelle prison (la plus grande de Belgique) prendrait place à Haren, à la fois sur le Dobbelenberg (dernière zone verte de détente du village) et sur des terrains en partie privés (ancienne usine Wanson) désormais rachetés ou expropriés. Total :  18 ha (8 bâtiments envisagés).
Le projet est présenté comme exemplaire et innovant. Il prévoit la construction de : 1 maison d’arrêt, 1 maison de peine, 1 annexe psy, 1 centre de détention limitée, 1 centre de jeunes mineurs, 1 bâtiment d’accueil, 1 complexe tribunal, 1 complexe de visite, 1 salle de sport, 1 centre de consultation médicale, 1 complexe administratif (hors prison), 1 centre logistique (cuisine, buanderie, ateliers de travail) + 300 places de parking pour les travailleurs et 150 places pour les visiteurs. Hors périmètre de sécurité : 1 centre ouvert pour femmes de 60 places pour des personnes en fin de peine, 1 magasin, 1 centre de repassage ouvert. Des salles d’audience seraient construites à proximité. Un consortium privé prendrait en charge l’entretien et certains services internes pendant 25 ans, avant de revendre à l’Etat (choix du consortium ce mois-ci).


Haren, à la limite de Diegem et Machelen (sur la frontière linguistique), est un village annexé par Bruxelles-Ville où petit à petit ont été reléguées des fonctions ingrates de la ville : la percée du canal, l’arrivée de plusieurs lignes de chemin de fer, puis la construction du ring ont participé à l’enclavement du village. L’implantation de différentes industries mais aussi une première base aéronautique, un pôle de haute technologie, l’OTAN (qui a une certaine époque comptabilisait plus d’employés que la population de Haren) ont largement contribué à défigurer le paysage. En 1969 la zone est déclarée inhabitable et suite à cela les investissements liés aux logements et à l’habitat sont stoppés. Par contre, d’autres projets ont continué à dévorer les parcelles encore disponibles : le dépôt de la STIB, plusieurs zonings industriels, le Diabolo en cours de réalisation, une future gare RER… Le tout généreusement survolé par les avions compte tenu de la proximité de l’aéroport.
Les habitants de Haren considèrent leur village comme une "poubelle de Bruxelles" et voient leur sentiment confirmé par ce nouveau projet. La zone est en train de s’urbaniser à grande vitesse. Enclavée, elle connaît un manque de services et des problèmes de mobilité. L’arrivée de 1190 détenus (pourquoi ce chiffre ?) et de 900 travailleurs est à mettre en relation avec les 4000 habitants actuels. Haren, qui actuellement ne compte pas assez d’habitants pour prétendre à avoir une borne Villo ou Mobib, est promis à une densification importante. La Ville souhaite tripler le nombre d’habitants (de 4000 à 12000).

dimanche 9 février 2014

Grande-Bretagne : Suicide à la Prison de Manchester


HMP Manchester - Grande-Bretagne

Suicides en détention. Il faudrait se préoccuper de tous les prisonniers,
déclare un ex-détenu...

Voici le témoignage d'un ancien détenu de la prison HMP Manchester (High Security Male Prison), paru dans The Guardian (07/02/14) : Deaths in custody review should look at all prisoners

Quand j'étais incarcéré, j'ai été témoin combien le désespoir conduit au suicide de détenus de tout âge, et pas seulement des jeunes...

« J'ai entendu un choc dans la cellule de Michael. Avant qu'ils viennent ouvrir, ça a pris une vingtaine de minutes.

Le gouvernement britannique a annoncé qu'il mettrait en place une commission d'enquête indépendante sur le décès des jeunes de 18 à 24 ans en détention. Je veux leur dire quelques petites choses sur les morts en détention, sur les décès des jeunes et des moins jeunes aussi.

Il y a deux semaines, je suis sorti de prison Manchester, après avoir purgé une peine de 10 mois pour vol de voiture. J'ai été détenu dans une aile réservée, une unité de désintoxication. Je n'ai pas de problème de désintoxication. On m'avait mis là parce que la prison était surpeuplée.

Je me suis lié d'amitié avec un gars, un type de 32 ans, un sans-abri. Il s'appelait Michael Delaney. Je l'avais vu mendier dans le centre-ville à quelques reprises, et je lui glissais quelque tune de temps en temps. Michael était sourd et muet. Il était en prison pour avoir contrevenu à une obligation lui interdisant d'entrer dans le centre-ville. Pourtant, c'était là qu'il avait toujours vécu.

Un vendredi de juin de l'année dernière, Michael a été placé dans une cellule juste à côté de la mienne. Il 22 heures passées. J'ai entendu un gros choc. Avant qu'ils viennent ouvrir ça a pris une vingtaine de minutes. J'ai entendu des appels, les gardes, et puis le verrou qu'on ouvrait. 

« Allez chercher le kit... » 
Je savais qu'ils voulaient parler du 'kit de première urgence', celui pour les suicidés. A présent, toute l'aile était réveillée et tous les taulards ont commencé à taper, à faire du bruit. Puis j'ai entendu un officier dire: « Il est trop tard, il est mort... »

Le lendemain, nous avons appris officiellement que Michael était décédé. J'ai été dégoûté d'entendre le personnel parler de sa mort. C'était comme s'ils avaient trouvé une souris dans une trappe de service. Parce que Michael était sans-abri et n'avait pas de famille, personne ne semblait s'en faire.

Le compagnon de cellule de Michael, Lee, m'a dit ce qui s'était passé. Il s'était endormi après l'extinction des feux. Vers 22 heures 15, il s'est réveillé et a vu Michael pendu à la barre supérieure de leur couchette double. Lee a appuyé sur la sonnette d'alarme et a essayé de soulever le corps de Michael, mais il m'a dit qu'il savait que déjà il était mort.

Manchester est une prison de catégorie A, les portes restent fermées pendant la nuit. Pour ouvrir, il faut qu'un maître-chien arrive. La porte de la cellule de Michael n'a pas été ouverte immédiatement.


Lee a remarqué qu'il était tombé un petit morceau de cannabis sur le sol. Il a pensé que Michael avait dû tirer un dernier pétard. Lee l'a remis aux surveillants, en disant que Michael l'avait laissé tomber. Lee a été laissé seul dans la cellule où Michael était mort. Le lendemain, il a été accusé et mis en examen pour possession de drogue.

J'ai travaillé dans cette prison : j'étais peintre, dans l'aile que j'occupais. Une semaine après la mort de Michael, ils m'ont demandé de passer un bon coup de blanc dans la cellule, en me disant que ça sera plus gai pour le suivant.

Selon une enquête, neuf hommes ont perdu la vie par suicide à la prison Manchester depuis 2010. Cela ne me surprends pas.

Même si je suis heureux que le gouvernement s'occupe des décès en détention des 18-24 ans, qu'en est-il des enfants de moins de 18, des vrais enfants ? Quand j'avais 16 ans, à la fin des années 80, j'ai fait 18 mois à Hindley, dans une institution carcérale pour mineurs. Je me souviens particulièrement d'un jeune garçon de Wigan qui s'est tué. Il devaut avoir 15 ans.


Je l'avais entendu dire que d'autres gars se moquaient de lui, je l'avais entendu pleurer dans sa cellule en arrivant. Sa nouvelle paire de baskets lui avait été 'taxée', comme on dit : il avait été assommé et ils lui avaient prise. C'était un endroit violent. Le personnel savait ce qui se passait, mais il fermait les yeux. Les gars les plus durs semblait toujours obtenir les bons jobs. Pendant que j'étais là, trois garçons se sont pendus.

Des Suicides se produisent encore dans des institutions comme Hindley. Il me semble que rien n'a vraiment changé. Mais le gouvernement ne cherche pas  à savoir plus loin. Différents organismes vont et viennent tout le temps, juste pour passer un coup de langue. Ils demandent aux gars s'ils sont susceptibles de s'automutiler. Presque tout le monde dit non. Aux yeux du système, nous sommes tous les mêmes, des perdants et les branches mortes.»
Marlon Hamer, ancien détenu de HMP Manchester - traduction Bruno des Baumettes

Source : The Guardian (07/02/14)
Lire aussi : PressTV (22/02/12) : Manchester prison suicide rate slammed
Mirror (09/05/11) : Inside Strangeways: Brutal reality of life inside notorious jail

SOURCE Bruno des Baumettes

jeudi 6 février 2014

Ali Aarrass : cinq ans de combat pour une victoire historique !

Victory IICommuniqué de presse du CABINET D’AVOCATS JUS COGENS : Me Dounia ALAMAT (GSM: 32.470.57.59.25 ; da@juscogens.be) – Me Nicolas COHEN (GSM : 32.470.02.65.41 ; nc@juscogens.be) – Me Christophe MARCHAND (GSM: 32.486.32.22.88 ; cm@juscogens.be)

6 février 2014
Affaire Ali AARRASS : Le Tribunal de première instance de Bruxelles enjoint au Ministre des Affaires Etrangères d’assurer la protection consulaire à son ressortissant, torturé et détenu au Maroc

Depuis son extradition illégale vers le Maroc[1], le 14 décembre 2010, Ali AARRASS, citoyen belge, clame qu’il a fait l’objet d’abominables tortures.

Ces actes barbares ont été confirmés dans un courrier de décembre 2012, adressé par le Rapporteur spécial des Nations-Unies contre la torture au Ministre de la Justice marocain, et rendu public en mai 2013[2].

Tout récemment encore, le Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations Unies avait constaté que « c’est (…) sur la base d’aveux obtenus sous la torture que M. Ali Aarrass (…) a été condamné en novembre 2011 à 15 ans de prison ferme »[3].

Depuis son incarcération au Maroc, Ali AARRASS sollicite que la Belgique lui prête secours et assistance, au travers de l’aide consulaire.

Toutefois, le Ministre des Affaires Etrangères n’a jamais donné de suite favorable à sa demande. Ce 29 janvier 2014, interpellé par la Député Zoé GENOT, le Ministre des Affaires Etrangères a réaffirmé qu’il n’accorderait pas la protection consulaire à son ressortissant[4]. Concernant l’ « assistance humanitaire », il a expliqué qu’elle avait été exercée, sans expliquer les raisons pour lesquelles il estimait pouvoir clôturer son intervention vis-à-vis d’Ali AARRASS, toujours victime d’une peine et de traitements inhumains et dégradants.

Suite aux refus répétés et injustifiés de lui venir en aide, Ali AARRASS a cité le Ministre des Affaires Etrangères en justice afin de le contraindre à lui apporter l’assistance consulaire.
Victory 
Dans un jugement historique et courageux de ce 3 février 2014, le Tribunal de première instance de Bruxelles, siégeant en référé, a fait droit à la demande d’Ali AARRASS. 
Le jugement expose :
 « La protection consulaire vise principalement à la protection des droits individuels à l’étranger. Elle doit être entendue comme un mécanisme visant à ce que les droits reconnus à un individu puissent être effectivement garantis (…)
La protection consulaire est donc de nature à contribuer au respect des droits fondamentaux, comme celui garanti à l’article 3 de la Convention européenne des Droits de l’homme (…)
 Un agent consulaire a le droit de communiquer avec son ressortissant mais ce droit peut se transformer en obligation, en vertu de l’article 1er de la Convention européenne des Droits de l’homme, si une violation à ladite Convention est alléguée et portée à la connaissance de cet Etat (…)
poster-declaration-droits-homme


 Il n’est pas contestable que ces traitements [torture] ont des répercussions sur l’état de santé mental et physique de M. AARRASS qui nécessiterait un suivi médical, actuellement. Cette seule circonstance justifie l’intervention du tribunal des référés. L’urgence ne peut être déniée lorsqu’une situation, qui est le fait de la violation de règles fondamentales qui ont trait aux Droits de l’homme empire par l’effet du temps (…)
 L’article 4 de la Convention de la Haye du 12 avril 1930 (..) ne règle pas les droits des parties au litige puisque le Maroc n’a pas ratifié ladite Convention (…)
 Prima facie, il n’existe aucune règle de droit international qui contraint l’Etat belge à ne pas intervenir dans le cas d’un binational (…)
 Il n’est pas contesté que l’Etat belge a apporté une intervention consulaire/humanitaire à l’égard de doubles ressortissants dans l’autre Etat de leur nationalité, même si les circonstances de l’intervention de l’Etat sont différentes d’une affaire à une autre (…)
PAR CES MOTIFS (…)
Enjoignons à l’Etat belge d’apporter sa protection consulaire à M. Ali AARRASS »
C’est la première fois dans l’histoire judiciaire belge qu’un double national obtient d’un Tribunal l’ordre de protéger son ressortissant hors de la Belgique. Face au calvaire subi par Ali AARRASS, il était temps que soit rappelé au Ministre des Affaires Etrangères qu’au XXIème siècle, on ne transige pas avec les droits fondamentaux pour d’obscures raisons, même quand il s’agit de préserver de bonnes relations avec le Royaume Chérifien du Maroc.

Le jugement de ce 3 février 2014 est exécutoire.

La famille, les proches et la défense d’Ali AARRASS espèrent dès lors qu’une visite du Consul belge au Maroc sera rapidement effectuée et que la Belgique prendra enfin ses responsabilités dans cette triste affaire.

 [1] Extradition réalisée par l’Espagne en contrariété avec une injonction du Comité des droits de l’homme de l’ONU du 26 novembre 2010, compte tenu du risque de torture encouru.
 [2] Voir pièce jointe
 [3] « Déclaration lors de la conférence de presse du Groupe de travail sur la détention arbitraire à l’issue de sa visite au Maroc », 18 décembre 2013, http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=14121&LangID=F (en annexe)
 [4] Chambre des représentants, Commission des Relations extérieures, Réunion du 29 janvier 2014, CRIV 53 – COM 0913

jeudi 23 janvier 2014

"Bearing witness in poetry", Reem Abu-Hayyeh (Institute of Race Relations) on "Salée est l'eau de l'amer".

January 23, 2014 — Review
Written by Reem Abu-Hayyeh
 
An indictment of the treatment of poor North African migrants in Belgium and the devastating effects of incarceration has been published as a volume of poetry (in French).

In Salée est l’eau de l’amer (Salt is the Water of the Sea), Souad, a second-generation Moroccan migrant in Belgium, writes autobiographical poems presenting a chronological account of her life from birth to motherhood. Interestingly, she chooses the poetic form rather than straight autobiography because: ‘je vais laisser rouler les mots,/ je vais libérer mes sentiments,/ les laisser s’envoler’ (‘I am going to let the words roll,/ I am going to free my feelings,/ to let them fly away’).[1] Souad finds in poetry the ability to express herself and her emotions in a less structured, more open manner. In this sense, her poetry takes on a role of remembrance and can be described as poetry of witness, recounting the events of her past often in the face of state and police oppression. She frequently directly addresses the reader in her poems in a way not only to force them to confront the (sometimes) difficult subject matter, but also to permit them access to her memories.
Souad divides her poems into chapters with recurring themes; her father’s migration to Belgium, his mistreatment of her mother and their relative isolation; family relationships and her brothers’ drug addictions; the prison system; her own time in hospital, and her family and social life. All of these themes however are not treated as separate subjects – Souad reveals the intersectionality of racial prejudice, working class oppression and the effects of the prison system in each of her poems. Her experiences in Belgium are formed by her father’s decision to migrate from Morocco. She discusses the contradictions of her existence – as a Belgian citizen of Moroccan descent, she faces constant discrimination, which is exacerbated by the contradictions of Belgian secularism: ‘Le paradoxe est total:/ liberté d’expression,/ donc nous recevons des publicités de l’extrême droite dans nos boîtes,/ et en même temps nous avons le Mrax.’ (‘It is a total paradox:/ freedom of speech,/ so we receive leaflets from the far Right in our mailboxes,/ and at the same time we have the Mrax’).[2] This experience of racial hatred and discrimination from fascist groups in Belgium, made legitimate by liberal ideals of ‘free speech’ necessitates the existence of victim support networks such as Mrax.
Souad eloquently describes the way in which Belgium’s ‘étrangers’ are consistently marginalised by various elements of legislative or carceral bodies and treated as somehow expendable. While in the case mentioned above, second-generation citizens can be harassed as a result of biased notions of ‘free speech’, Souad also discusses the way in which they are not protected by the Belgian justice system but are instead harshly punished as warnings to other migrants.
Here, the arbitrary punishment of the prison system merges with the treatment of the working class and migrant communities. In discussing her brothers’ many prison sentences and the violent nature with which the police would arrest them, Souad describes her confusion as to why drug addicts would be imprisoned and punished rather than helped: ‘Où sont les traitements, les médecins?/ Je ne vois que des juges…’ (‘Where are the treatments, the doctors?/ I see no one but judges…’).[3] She succinctly describes this will and desire to imprison young men from marginalised communities in ‘Prison 63’: ‘Ce n’est pas juste: je dirai toujours que les toxicomanes n’ont rien à faire en prison…/ Le système carcéral ne cherche plus de solutions’ (‘It is not fair: I will always maintain that drug addicts have no place in prison…/ The carceral system no longer seeks solutions’).[4] Her ideas are reminiscent of Angela Davis’ conceptualisation of the prison industrial complex.[5] Souad describes the well-known case of Ali Aarrass, a dual Belgian and Moroccan citizen who has no connection to Morocco but was nevertheless extradited by Spain to Morocco where he was subsequently tortured (meanwhileBelgium refused to intervene, affording him no protection). In recent news, the police killing of Emrah Kara in December 2013, a Turkish citizen of Germany suffering from severe schizophrenia, clearly highlights this same desire to ‘disappear’ troubled migrants in Europe and shows their expendability.
While Salée est l’eau de l’amer makes for an uncomfortable read at times, the real instructive value of Souad’s poetry book is in her ability to reveal to the reader intimate experiences of the convergence of various oppressions. It is positive to see that vital organisations such as the Prisoners’ Family & Friends Association provide a platform for marginalised voices, allowing the family and friends of victims of the prison system to join and lead a collective struggle against it.
To purchase a copy of Salée est l’eau de l’amer, contact the Prisoners’ Family & Friends Association at lila-florida@hotmail.com, or order by telephone at 0032492061043. Please note that it is only available in French.

RELATED LINKS

Prisoners’ Family & Friends Association
Not Shut Up
Read fives poems from the book translated into English, here
Read IRR News article: Ali Aarrass – Condition critical, but where is the Belgian government?

samedi 11 janvier 2014

Souad / Five Poems


translated by Caterina Cipriano
photos by Marcel Mussen
edited by Marek Kazmierski 




The Roads of our Parents
 
Our parents travelled the most winding of road.
Landing in another country, in different places, among other faces, an unknown language has muted them.
The choice should not be between between poverty and contempt and yet this is what has been done to them, this the anger that flows in our veins, that paralyses our souls.
The paradox is complete: freedom of expression means far-right advertisements in our mailboxes mixing with anti-racist leaflets.
If I translate: racism must proliferate in order for them to defend you. This is chaos. But imagine how unsafe, how exploited, all this leaves us feeling. 
 

The Question
 
Almost a year that you have been unfree, but then the same goes for us too.
Your plight has had a considerable impact on your children, on myself.
How can I be indifferent toward your situation because I'm the mother of your children?
To their suffering, their distress, their silence, the answers I make up for them.
I am angry at myself, I am angry at you.
When it comes to them, my feelings are raw in the extreme… isn’t that a normal reaction to have?
I have been there, I relive it, with them through their experience which you inflict upon them.
The question is not whether you are innocent. The truth would only amplify the pain, question the ideas of belonging, cast further doubt on destiny.


Hello Solitude
 
I'm ready to join you again.
I know you came looking for me,
even if I have tried to escape you.
Maybe you are my destiny.
Maybe I love you.
Maybe I will never do without you.
There are parts of me that hate you
and others that know only you.
I heard you sneer when I thought about parting from you,
the trace of distance over days.
But these are the scenes of my life, and you are one of its stars.
So, solitude, how many years have you been present?
I know it was three years and two months.
There are notches in my heart.
Some happiness, but why are you back?



Revelation
 
The day I stopped believing that God was angry at me
I felt deeply soothed.
I let my guilt vanish
the day I understood He wanted my best
and began my search for the truth about Him.

The day I stopped thinking that God was angry at me,
I accepted my flaws
without magnifying them at the same time.
This day is a revelation,
This day is a release.

The day I stopped believing that God was punishing me,
I understood that he had been sheltering me from something.


Sing
 
Sing,
Sing to me
My soul has deserted me,
What am I without it?
My candour,
my youth vanished,
my hopes decimated.
Subtle is the moment,
the one that cuts me from my past,
that reminds me,
constantly,
that time has passed.
Sing to me,
as far
as I can hear,
may the echo strengthen me.

Nelson Mandela : son poème préféré (texte original & traductions en français)


(Merci à Francine pour l'envoi) 
 
Invictus est un court poème de l'écrivain William Ernest Henley qui fut cité à de très nombreuses reprises dans la culture populaire, ce qui contribua à le rendre célèbre. C'était le poème préféré de Nelson Mandela. Il est notamment repris dans le film Invictus de Clint Eastwood.
 
 
(Photo : une carte faite par des détenus belges à l'honneur de Nelson Mandela).
 
Texte original de 1931
 
Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate :
I am the captain of my soul.

Traduction d'après la VF du film Invictus
 

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.


Traduction d'après la VF de la série Les Frères Scott
 
Dans la nuit qui m'environne,
Dans les ténèbres qui m'enserrent,
Je loue les dieux qui me donnent
Une âme à la fois noble et fière.

Prisonnier de ma situation,
Je ne veux pas me rebeller.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout, bien que blessé.

En ce lieu d'opprobre et de pleurs,
Je ne vois qu'horreur et ombres.
Les années s'annoncent sombres,
Mais je ne connaîtrai pas la peur.

Aussi étroit que soit le chemin,
Bien qu'on m'accuse et qu'on me blâme;
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

 
Autre Traduction anonyme

Malgré la nuit noire et profonde
Des ténèbres qui me submergent
Je loue les quelques dieux du monde
Pour mon âme à jamais intègre.

Pris dans l’étau de jours retors,
Je ne grimace ni ne gémis
Sous les coups sourds du mauvais sort,
Mon crâne, meurtri, reste insoumis.

Par-delà ce lieu de douleur,
Rôde la funeste lueur.
Et pourtant, quelle que soit son heure,
Elle me trouvera sans peine, sans peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Et lourd de châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin :
Le capitaine de mon âme.
 
 

PAPA, JE T’AIME : reportage sur la fête des enfants et ami(e)s des détenus belgo-marocains au Maroc (Bruxelles 4 janvier 2014)

  Un article de Malika, photos de Hamza Benaissa et les enfants photographes

 
Le 4 janvier 2014, les enfants des  détenus belgo-marocains au Maroc, leurs amis, les membres du comité des  familles et toutes les personnes qui les soutiennent, ont pris part à cette belle fête de l’espoir en ce début du nouvel an. 

On parle souvent  des enfants de détenus comme des victimes oubliées de l’incarcération. Cette question de l’enfant face à la prison doit être abordée sans perdre de vue un critère essentiel est que l’enfant est un être vivant, humain fragile qu’il faut préserver.

Les effets  de l'emprisonnement d'un parent sur les enfants peuvent être profonds.


Le détenu n’est pas seul à subir toutes les conséquences néfastes de l’incarcération qui causent une importante détérioration des relations tant sur le plan social que familial.  


Cette détention entraine une autre peine imposée aux enfants et aux familles ; ils sont eux aussi victimes de l’incarcération. On peut dire que la prison a bouleversé la vie des enfants et de leurs familles. Leur  vie a basculé dès l’incarcération de leur père ou  de leur proche.
 

Ces enfants, privés de l’affection de leur père, de la possibilité de le voir plus d’une fois par an, n’est jamais reconnue, ce qui est une source supplémentaire de souffrance.

L’état de santé des enfants et de leurs proches se dégrade aussi: usure, fatigue physique et psychique, isolement  et stigmatisation : c’est ce que vivent ces enfants au quotidien.
 

Pour ces raisons, nous  voulions  les aider à dépasser toute cette situation difficile et de les soutenir car il faut continuer à vivre.
 

L’objectif de cette journée est d’une part qu'on puisse dédramatiser la  souffrance, la douleur  et l’inquiétude des enfants et,  d’autre part, s’intéresser  à l’histoire difficile que vivent ces enfants, c’est déjà agir.
 

A travers les ateliers de peinture, de bricolage, d’écriture, de vidéo et de photographie, les enfants ont pu exprimer avec créativité l’absence  de leur père ou d'un proche.
 

Après les ateliers, les enfants ont lu des poèmes, chanté des chansons, présenté une chorégraphie : un groupe d’enfants a présenté un petit spectacle sur la chanson « papa où t’es ». Ce fut un moment très émouvant. Une  pensée particulière pour mon frère Bekhti  ainsi qu’à tous les détenus.
 

A l’atelier vidéo, Ils ont pu réaliser une capsule et ont pu prendre des photos qui retracent différents moments de la journée. On remercie Hamza et Hicham pour le super travail fait avec tous les jeunes
 

Les enfants ont cuisiné des sablés et des crêpes qu’ils ont offert pour le goûter.
Nous avons eu droit à de très belles prestations et créations de ces enfants dotés d'une force d'inspiration et d'un courage exemplaire.
 

Fin après-midi, un lâcher de ballons avec carte postale a été également organisé qui fut très intense en émotion.

Les enfants ont témoigné durant cette belle fête tout l’amour et toute l’affection qu’ils ont envers leur papa ou leur proche détenu.
 

Pour  2014, le souhait des enfants  est que leur papa soit libéré enfin. 

Ainsi les enfants rejoignent les différentes ONG qui réclament la libération de leur papa notamment ceux détenus dans l’affaire Belliraj. Leur père a été arrêté arbitrairement, a été jugé dans un procès inéquitable et il a été condamné à de lourdes peines sans preuves.
 

J’exhorte chacun à continuer de se battre pour protéger ces êtres vulnérables et faire tout pour maintenir  les relations avec leur père.
 

Les enfants et leur famille remercient pour leur présence Monsieur Bernard De Vos, délégué général aux Droits de l’Enfant, le président de l’AMDH-Belgique ainsi que toutes les personnes qui sont venues leur témoigner  leur soutien.
 



Ils remercient Anissa, Nadine, Meriem pour le temps qu’elles leur ont donné durant les ateliers créatifs ainsi que toutes les personnes qui ont contribué à ce que ce moment soit un moment de solidarité et d’espoir.
 


Je dédie ce poème de l’espérance à tous les détenus et leur famille. 
Nous prions pour que cette année soit l’année des retrouvailles, inchallah. Une pensée forte et particulière à mon frère, cet homme formidable. On t’aime tous très fort.


L’espérance

J’ai ancré l’espérance
Aux racines de la vie
*
Face aux ténèbres
J’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux
A la lisière des nuits
*
Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries
*
Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir
*
J’enracine l’espérance
Dans le terreau du cœur

J’adopte toute l’espérance
En son esprit frondeur.
 

Andrée Chedid