lundi 19 octobre 2020

Le vendredi 27 mars 2020, un incident s’est produit à la prison de Lantin, par Marcus



Le message de Belga : « Le front commun syndical des gardiens de la prison de Lantin (Juprelle) a déposé, ce vendredi soir, un préavis de grève à la suite des incidents qui se sont déroulés à la prison dans la soirée. Trois membres du personnel pénitentiaire ont été transportés en ambulance vendredi en fin de journée, après avoir été molestés par plusieurs détenus. Ils ont pu quitter l’hôpital dans la soirée. De vendredi 22 heures à samedi 22 heures, la prison tournera donc avec un service minimum. Vendredi, à la sortie du préau, plusieurs détenus ont tenté d’escalader un mur. L’un d’eux est tombé et s’est blessé. Lorsque les membres du personnel pénitentiaire sont venus lui porter secours, plusieurs détenus s’en sont pris à eux et les ont molestés. Trois de ces agents ont été transportés en ambulance à l’hôpital, a expliqué le délégué syndical. Ils ont pu rentrer chez eux dans la soirée. Six autres détenus se sont retranchés sur le toit de la prison. À 19h30, les détenus étaient toujours présents sur le toit. Un renfort policier était attendu sur place. Avec l’épidémie de Coronavirus, la prison de Lantin, comme d’autres, fait face à une tension grandissante ces derniers jours. Les détenus sont confinés 23 heures sur 24 en cellule, les visites ont été supprimées ainsi que toutes activités proposées au sein de la prison ».

Pour l'administration pénitentiaire, il s'agit d'une mutinerie. 

Je sais qu'à cet endroit, c'est la seule solution pour rester en vie, pour ne pas crever comme des rats. Ce qui va se passer maintenant nul ne le sait ! Ayant vécu pareil cas, je me souviens d'avoir été mis dans un des cachots se trouvant au sous-sol de la tour pour une période de neuf jours, ensuite une peine de trois mois au huitième étage de cette tour pour ensuite être transféré dans une autre prison au fin fond de la Belgique (Tournai).

 L'administration pénitentiaire est débordante d'idées pour les sanctions ! Toute cette mise en scène était effectuée à mon insu, sans avocat, sans PV, sur ordre d'un seul homme au mépris des lois qui régissent notre pays. Je pense que les cachots sous la tour n'existent plus, car cette même tour se serait enfoncée dans le sol. Je ne vous ai pas décrit ces cachots, tout comme je ne vous ai pas expliqué comment se déroulait la mise en scène. Si je ne l'ai pas fait, c'est parce que je sais que des enfants lisent mes commentaires. Il est trop tôt pour certains de connaître ce côté sordide de l'être humain. Dans un article du Soir, je raconte y avoir un jour découvert le bonheur dans ce sous-sol de la prison de Lantin. Vous n'allez évidemment pas le croire parce que dans ce contexte" absolu ", il est impossible d'y trouver de l'Humanité. Si vous tenez à revivre cet instant unique, l'article se trouve dans Le Soir du 10 octobre 2003. A lire ICI

Mes écrits m'amènent à penser que je sombre dans le péché d'orgueil. Que vous soyez d'accord ou pas, sachez qu'un jour tous ces murs de prison finiront par tomber, c'est une certitude. Des sceptiques vous diront qu'il est impossible de vivre sans prison ! A ceux-là je répondrai qu'avant 1844 , elles n'existaient pas sur notre territoire ! 

A+ Marcus

Un article dans Le Soir du 10 octobre 2003 : 






samedi 3 octobre 2020

Zoom sur "Face au juge": l'émission qui cartonne sur RTL, par Marcus


(photo RTL play) Durant six semaines, chaque dimanche, Julie Denayer s'est invitée sur nos petits écrans pour nous présenter la troisième saison de "Face au juge" sur RTL, nous plongeant au coeur des tribunaux de Bruxelles, Charleroi et Visé. Cette nouvelle saison, qui s'est terminée dimanche dernier, a battu tous les records ..

L'émission que vous animiez  est maintenant bien loin, ce qui me permet ce soir de donner mon avis .

Je ne vous cacherai pas que souvent, je me sentais mal à l'aise au vu des protagonistes mis sur la sellette . Mal à l'aise, par l'inculture qu'ils affichaient face aux juges érudits appelés à les condamner. Le spectacle était omniprésent, l'affaire était dans la boîte ou plutôt emprisonné, le public peut maintenant dormir sur ses deux oreilles.  

Je suppose, compte tenu du succès, qu'on recommencera l'année prochaine !

Je pense qu'avant d'être présentatrice, vous êtes avant tout une journaliste et je me dis que ce petit bout de femme va aller plus loin, beaucoup plus loin pour voir les choses enfin changées. 

Je me dois de vous dire que j'ai fait plus de vingt ans de prison, mes délits n'intéresseront personne et ce n'est donc pas le sujet. 

Non, le sujet, se sont les personnages que j'y ai rencontrés; je me souviens du patron d'Interagri, du directeur de la SMAP, des deux patrons du recyclage d'Herstal, du patron des thermes de Chaudfontaine ... La liste est évidemment très, très longue. Ces personnages n'ont fait que quelques mois, voire quelques jours de prison. Il y en eut d'autres, beaucoup plus nombreux, qui, grâce à des procédures et de bon avocats évitèrent ce passage. 

A côté de chez moi vivait une personne qui détourna plus d'un milliard aux handicapés. Vivait, car aujourd'hui parti, laissant à ses héritiers les sommes colossales détournées. Dans les gros œuvres on n'oubliera pas le milliardaire qui dévalisa la sidérurgie Wallonne et qui fit des ravages jusqu'en Amazonie, également parti vers l'enfer j'espère. 

Vous avez développé la partie de l'iceberg ou siégeaient les pingouins et les otaries ; les ours auraient-ils droit au repos éternel ? Serait-il possible pour vous de demander aux juges que vous avez rencontrés, les motivations qui les poussent vers ces hommes perdus et souvent incultes plutôt qu'à ces monstres adulés de notre société ? 

Sur le site " écrire à Christophe Barratier " se trouve une nouvelle qui s'intitule " Le monstre de la cathédrale ". Il y a d'autres nouvelles que je vous invite à lire sur ce site car, on est ardemment occupé à construire de nouvelles prisons , " qui ira " ne fait pas de doute  . 

Avec abnégation je vais devoir continuer à témoigner dans vos écoles et vos universités, des congrès, je sais qu'un jour les choses changeront . 

A+ Marcus



lundi 7 septembre 2020

L' ostracisme dans toute sa splendeur, par Marcus

(photo, Marcus à la manifestation à Tongres pour une prison musée, contre une prison pour jeunes)

" Ostracisme ", ce mot figure en bonne place au " Larousse " mais, est-il possible que cela puisse encore exister de nos jours ?

Pour avoir vécu cette aventure, je vous répondrais que c'est possible et vais vous donner quelques exemples qui demeurent encore vérifiables aujourd'hui.

Dans le premier exemple, je vous dirais que je n'avais pas imaginé l'ampleur que l'affaire allait prendre, mais abordons d'abord l'histoire ; elle se déroule dans les années quatre-vingt, je suis sous mandat d'arrêt pour avoir fourni de l'aide à des personnes en cavales. Rien d'étonnant dès lors, qu'un détenu vienne me voir à la promenade sauf peut-être qu'il me demande à s'évader de la prison de Lantin où nous nous trouvons tous les deux.

Je vous passe les détails, toujours est-il qu'un dimanche matin, je le frappe dans l'escalier du préau, les gardiens l'emmènent à l'hôpital, cependant que je suis pris à parti des autres détenus ainsi que des gardiens pour cet acte odieux perpétré. Je sens que ma vie à ce moment est en grave danger, les insultes viennent de toutes parts. Je reste muet devant toute cette haine à mon encontre, ne pensant qu'à une chose " A-t-il réussi, a-t-il réussi ", car vous l'aurez deviné, il s'agissait d'un plan.... Une heure plus tard, je suis sous bonne garde dans le bureau du directeur. L'homme a été repris et, après quelques gifles, s'est mis à table et m'accuse !!! Dans sa déclaration, c'est tout juste si ce n'est pas moi qui l'ai obligé à s'évader.

Après quelques années, mon dossier vient sur la table en vue d'une libération sous conditions. Devant cette commission je déclare ne rien regretté et prêt à recommencer car, avec toutes ces années (orphelinat, prison...) ma vie a pris un sens. Le dossier est mis de côté, j'apprends aussi qu'il a disparu, puis vient une rencontre mémorable avec une assistante sociale à qui je confie que mon frère m'aidera à ma sortie car il est directeur à l'académie des beaux-arts de Liège. L'assistante sociale ne croit pas du tout à cette version et téléphone devant moi à mon frère.

Celui-ci lui rétorque qu'il ne me connaît pas. Je suis encore remis à six mois !

L' " ostracisme " s'est aussi invité dans une salle d'audience de Liège. Cette fois-là je comparaissais pour avoir aidé des personnes évadées des Beaumettes ( Delaire, Lacotte, ). Je me suis présenté seul devant la cour, je ne voulais pas d'avocat car je pensais que personne ne me comprendrais et puis, à quoi bon se défendre tout en sachant que cela allait continuer ? 

Vous ne voyez pas de l'ostracisme dans tout cela. Je puis même vous certifier que le juge s'est montré compréhensif. Non, l'ostracisme vint le lendemain, car en lisant la dépêche de la ville, j'y étais décrit par des mots que l'ont emplois pour des bêtes. La phase qui me reste marquée à jamais sera " Marcus toujours prêt à mordre quand on lui pose une question ". Il va de soi que cela détermina le verdict.

Bonsoir et peut-être à + ( Si Dieu me prête vie )


Auteur: Marc Sluse, dimanche 30 août 2020, publié dans Lettres à Christophe Barratier https://acteurs.publi-contact.net/p5736-christophe-barratier/lettre-38  


vendredi 21 août 2020

Lettre ouverte à Marc Van Ranst : les prisonniers et leurs familles à l'abandon !

(photo : facebook Marc Van Ranst) 

Cher Monsieur van Ranst, 

J'ai quelque chose sur l'estomac etil faut que ça sorte.

Comme vous le savez, nous étions en contact il y a quelques mois au sujet de la situation dans les prisons belges, et je voudrais y revenir.

Pour le moment, la situation est que nous sommes autorisés à visiter une ou deux fois par semaine, sans contact physique, sauf pour les jeunes enfants avec leurs parents.

Mais les époux et partenaires sont à nouveau complètement abandonnés: est-ce ainsi que les experts gèrent la souffrance humaine?

Les détenus et les visiteurs doivent se désinfecter les mains avant d'être autorisés à entrer dans la salle des visites, doivent porter un masque buccal en permanence et aucune forme de contact physique n'est encore autorisée?

Dans la prostitution, tout le monde est autorisé à reprendre ses «activités», mais je ne suis personnellement pas autorisé à avoir des relations avec ma propre femme sur ordre de la loi? Est-ce toujours viable? Est-ce toujours humain?

Cela fait maintenant plus de 6 mois que j'ai pu faire un câlin à ma femme ou un simple baiser, je voudrais vous inviter à essayer la même chose.

Les familles et les prisonniers ne peuvent plus faire face à cela, les gens se suicident à cause de ces situations et que fait le gouvernement? Que faites-vous en tant qu'expert? RIEN! Vous êtes silencieux dans la presse.

Je me demande sérieusement pourquoi ils n'ont pas opté depuis longtemps pour un test obligatoire pour chaque Belge!

Tout comme les élections, par nom et participation obligatoire. De cette façon, on peut immédiatement cartographier qui est infecté et qui ne l'est pas et nous pourrions rapidement revenir à une vie normale sans masques buccaux et éloignement social, pour cela vous n'avez pas besoin d'avoir étudié pendant 20 ans pour arriver à quelque chose comme ça?

Et puis on regarde le conseil de sécurité et puis on voit monsieur Jambon arriver sans masque buccal… les ministres ont-ils une exemption de porter un masque buccal?

Je voudrais encore vous demander, main à cœur, de ne pas oublier certaines personnes ... même si à vos yeux et aux yeux des politiciens ce ne sont que des prisonniers, ils sont et resteront des gens ...

Il y a aussi des familles derrière, des partenaires et des enfants qui sont complètement abandonnés à ce jour.

Merci pour le temps que vous consacrerez à mon écriture.


Cordialement,

G.M. 

vendredi 24 juillet 2020

Plainte collective contre l’Etat belge pour violation des droits humains des détenus et de leurs proches Communiqué de presse – 20 juillet 2020



 Plainte collective contre l’Etat belge pour violation des droits humains des détenus et de leurs proches Communiqué de presse – 20 juillet 2020 

Cela fait maintenant plusieurs mois que les visites en prison ont été, d’abord complètement interdites, ensuite strictement limitées, en raison de la crise sanitaire du COVID-19. La souffrance de ne pas pouvoir avoir de contact physique avec les proches est chaque jour plus insupportable.

Alors que les visites ont recommencé à être permises dans d’autres lieux, comme les maisons de retraite, les visites en prison et notamment les VHS (visites hors surveillance) tardent à reprendre normalement, sans qu’aucune explication ne soit donnée quant à cette différence de traitement. Les détenus et leurs proches se voient donc infliger un traitement discriminatoire par rapport au reste de la société quant au respect de leur droit à la vie privée et familiale.

Pourtant, dans les multiples discours de la Première ministre depuis le début de la crise sanitaire, pas un mot sur la situation des détenus, pas une phrase de compassion envers les personnes enfermées et leurs proches. Suite au lancement la semaine dernière de la ligne téléphonique Info-prison - qui vise à récolter des témoignages depuis l’intérieur des murs, partant du constat que les voix des détenus n’étaient pas du tout écoutées –, les autorités ont à nouveau brillé par leur absence de réaction. 
  
Privées de contact physique, en souffrance et confrontées à ce silence des autorités, plusieurs familles de détenus, soutenues par le Collectif de luttes anti-carcérales (CLAC), se sont rassemblées, afin de s’organiser collectivement pour porter plainte contre l’Etat belge, pour violation des droits humains des personnes détenues et de leurs proches. Des contacts ont été pris avec des avocats, qui sont en train d’examiner le dossier.

Parmi elles, il y a Iris Greeven, dont le mari est en prison, qui appelle toutes les personnes concernées à se joindre à cette plainte et livre le témoignage suivant : 

« Bonjour, mon nom est Iris Greeven et je prends la parole pour tous les détenus de la Belgique et leurs familles.

Avec plusieurs familles de détenus, nous avons décidé de se rassembler et de s'organiser pour porter plainte contre l'Etat belge pour violation des droits humains.

La situation est devenue insupportable ! Les droits humains n'existent plus. Pendant les semaines durant lesquelles les restrictions étaient allégées presque dans tous les secteurs (le contact physique dans les maisons de retraite était redevenu permis, les lieux de prostitution étaient ouverts à nouveau, on pouvait partir en vacances même vers des endroits en zone rouge…) Pendant tout ce temps-là, on nous a pris tous nos droits humains – depuis le 13 mars, on ne peut plus toucher notre proche !

Nous exigeons de recevoir une compensation pour toute l’inhumanité qu'on a dû supporter ces dernières semaines.

Je suis consciente qu’à cause des nouveaux chiffres concernant le coronavirus, notre situation ne peut pas être changée immédiatement. Mais la situation aurait pu être modifiée depuis des semaines !


Nous exigeons que dès que la situation sanitaire sera un peu plus stable, nos droits seront respectés et qu’on nous rende tous nos droits humains dès ce moment !  
Qu’on arrête de nous ignorer et de nous oublier !

De plus, l’exclusion des détenus et des familles dans les processus de décision concernant la gestion quotidienne de la prison, la gestion des visites, le fait que les premiers et premières concernées ne sont pas représentées lors des réunions a pour conséquence que 

1) toutes les faveurs sont toujours seulement au profit des agents et des autorités et
2) les familles des détenus se sentent méprisées. Il faut nous écouter aussi et on doit être représentés. 

Les personnes qui veulent nous suivre dans cette plainte peuvent trouver mes coordonnées sur la page Facebook « La Clac – No Prison » et « les familles de détenus – families gedetineerden »

Si elles veulent, ces personnes peuvent rester anonyme. Pour les frais d'avocats, on organisera des récoltes.

Comme je l'ai déjà dit, depuis le 13 mars on n’a plus de contact physique avec nos proches.


Dans certaines prisons, il est permis de voir son proche 3 fois par semaine, dans autres seulement 1 fois par semaine – selon décision des directeurs des prisons. Cette visite se fait en devant respecter une distance de 2 mètres, séparés par un plexiglas! Impossible de se parler, il faut crier pour pouvoir s’entendre. Une conversation personnelle et privée est donc impossible.

On a eu la possibilité de se parler 1 fois par semaine par vidéoconférence pendant 20 minutes. On est reconnaissant d'avoir eu cette possibilité mais franchement ? Pendant 20 minutes par semaine on ne peut pas dire grand-chose !

A part ça, on a seulement la possibilité de téléphoner – au tarif de presque 0,12 euro par minute, Mais pour beaucoup de familles, c’est un grand problème. Souvent il manque déjà un salaire entier (le salaire de la personne en prison) et à cause de la crise actuelle beaucoup de familles ont perdu leur travail ou reçoivent un salaire énormément diminué. Beaucoup de familles se trouvent pour l'instant dans une situation financière qui est loin en dessous du minimum d'existence.
Quand nous on se sent mal, quand on tombe en dépression, quand on ne peut plus supporter cette tristesse et qu'on a besoin de parler avec notre proche pour pouvoir partager les sentiments, les peurs, pour se soutenir moralement – on doit souvent attendre des jours, attendre pour la vidéoconférence de 20 minutes ou la visite derrière le plexiglas sans intimité... ou avec beaucoup de chance jusqu’au moment où l’on a à nouveau un peu d'argent à envoyer à notre proche pour acheter du crédit d'appel.

 Les rumeurs disent que c'est à cause des agents pénitentiaires qu'on nous torture de cette manière. On a entendu que les agents pénitentiaires refusent d’accepter un changement des mesures. Il parait qu’ils ont peur d’être contaminés si on nous rend notre droit de visite. Ils recommenceraient à faire grève (comme toujours)

Mais ce sont les agents pénitentiaires qui ne portent pas de masque. D’après les témoignages, seulement 2 sur 10 en portent, on a des photos qui le prouvent. Ce sont pourtant ces agents pénitentiaires qui fouillent plusieurs fois par jour nos proches, qui les touchent même devant nos yeux pour nous provoquer. C'est eux qui peuvent faire ce qu'ils veulent après leur travail. Ils peuvent rendre visite à n'importe qui, même aller dans des lieux de prostitution – parce que dans ce secteur on peut se toucher !!! Et le lendemain nos proches doivent se laisser toucher par eux ?!?!?

Quand moi je vais dans un supermarché je suis obligée de mettre un masque – sinon je risque une amende de 250 €. Je vous garantis que moi je respecte la distance de 1,5 mètres et que moi je ne touche personne !

On a des témoignages racontant que les détenus qui reviennent d'une sortie ou d'un week-end ne vont pas en quarantaine. Le lendemain ils peuvent se promener avec nos proches.

Beaucoup de personnes dont mon mari ont même proposé d'aller volontairement en quarantaine, si on leur permet d’avoir à nouveau des contact physiques avec leurs proches. Tous les proches de détenus, dont moi-même, sommes prêts à présenter une attestation pour prouver qu'on est en bonne santé. Personne ne réagit sur cette proposition, alors que cela diminuerait encore plus le travail des agents pénitentiaires. Car oui, ils ne devraient plus ouvrir la porte du détenu s’il est en quarantaine.

Soyons clairs : nous ne voulons pas du tout restreindre les permissions de sortie ni la liberté retrouvée dans d’autres lieux que la prison. Nous voulons simplement démontrer l’incohérence et l’injustice des mesures prises.

Je me demande quelle est la différence entre notre ministre de la justice et n'importe quel détenu de Belgique. Chaque détenu a malheureusement fait une ou plusieurs victimes. Il a dû passer devant un tribunal et a eu une peine. De temps en temps trop élevée, et de temps en temps trop peu.

Notre ministre de justice, lui, a fait ces dernières semaines des milliers de victimes – mais il ne doit pas justifier ce crime et ne serai pas jugé dans un tribunal ! Il fait ce qu'il veut et ne donne même pas une explication quant à la raison pour laquelle il nous soumet à une pareille torture. Toutes les lettres qui lui sont adressées sont ignorées. Beaucoup de proches se trouvent dans une dépression énorme, j'entends même parler de tentative de suicide.

On nous a oubliés !!! »



Contact presse pour plus d’information ou pour des interviews : 

Iris Greeven : 0468 47 53 30


mardi 21 avril 2020

(Fr/ENGL) Cinquante-quatre personnalités de quatorze pays européens lancent un appel pour une amnistie immédiate, responsable et solidaire. (texte + liste des signataires)


Madame la Présidente de la Commission européenne,
Monsieur le Président du Conseil européen,
Monsieur le Président du Parlement européen,

La pandémie de Covid-19 frappe aujourd’hui les deux tiers de la planète. L’Europe paie un prix effrayant en termes de vies humaines. Il est admis désormais que la seule solution pour éviter la propagation locale de la maladie réside dans l’évitement des personnes, qui consiste à prohiber tout contact avec autrui.

C’est, avec les tests et évidemment les soins, ce que préconise l’Organisation mondiale de la santé. Mais ces mesures sont clairement sans effet dans les lieux où règnent par nature la promiscuité et le dénuement. 
Tel est le cas des lieux de privation de liberté : personnes détenues entassées dans des prisons indignes, étrangers en situation irrégulière internés dans l’attente d’aléatoires retours forcés. 
Tel est le cas aussi des migrants fuyant des zones de guerre contraints à se réfugier dans des camps recevant parfois des dizaines de milliers de personnes sans mesures de protection élémentaires.

Cette double angoisse, qui s’applique aux personnes privées de liberté comme à ceux qui en ont la charge, est d’ores et déjà relayée par de nombreuses organisations régionales et par des ONG. 
Des médecins, des avocats, des magistrats, des citoyens, partout en Europe et dans le monde, s’inquiètent des conséquences de la pandémie vis-à-vis de ceux qui sont enfermés et vis-à-vis des personnels, dans une promiscuité qui les surexpose au virus, par conséquent à des formes plus ou moins graves de la maladie, et ceci encore plus lorsque les lieux sont surpeuplés.

Parmi les réponses possibles à une telle situation, en particulier dans les lieux de captivité, la première urgence serait de décréter, en raison de l’urgence sanitaire, une amnistie immédiate, responsable et solidaire, pour protéger, parmi celles et ceux qui sont privés de leur liberté les plus vulnérables, notamment les femmes enceintes, les plus âgés, les enfants, les handicapés….

En outre, de manière concertée, des solutions massives d’alternatives à la privation de liberté doivent être mises en place. De telles solutions ont été mises en oeuvre dans d’autres parties du monde.

Il en va de notre humanité.

De notre aptitude à nous emparer aujourd’hui de réponses efficaces à cette situation au nom de l’exigence sanitaire, dépend demain notre capacité collective à le faire au nom de l’urgence climatique.

C’est pourquoi, nous vous invitons instamment à demander dans les plus brefs délais aux États membres de décider selon le droit en vigueur de larges mesures d’amnistie dont les principes, définis en commun dans l’Union européenne, reposeront sur nos valeurs communes, et en premier lieu la Charte des droits fondamentaux qui dans son article premier proclame que « La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée. »

Soyons exemplaires. La pandémie, qui frappe aujourd’hui lourdement notre Europe, appellera demain l’ensemble des Nations à aller dans cette même direction.

(English)

Open Letter to the Presidents of the European Institutions:
Appeal for an immediate amnesty

President of the European Commission,
President of the European Council,
President of the European Parliament,


Two-thirds of the planet is hit by the COVID-19 pandemic. Europe is paying a frightening price in terms of human lives. It is now recognized that the only solution to avoid the further local spreading of the disease lies in social distancing measures, prohibiting physical contact with others.

This, along with testing and of course health care, is what the World Health Organization advocates. But these measures are clearly ineffective in places governed by the deprivation of liberty: detained persons crammed in unworthy prisons and illegal immigrants detained while awaiting random forced returns. It is also the case for migrants fleeing war zones, who are forced to take refuge in camps sometimes hosting tens of thousands of people
without any basic protection mechanisms.
This double agony, which applies to the persons deprived of their liberty as well as to those in charge, has already been denounced by many regional organizations and NGOs.
Doctors, lawyers, magistrates, citizens, all over Europe and around the world, worry about the consequences of the pandemic vis-à-vis those who are locked up and the staff charged with guarding them, in a situation of overexposure to the virus and consequently to more or less serious forms of the disease, and such even more in cases of overcrowding.

Among the possible responses to the current health emergency, particularly in places of captivity, the first urgent measure would be to decree in a united fashion an immediate and responsible amnesty to protect among those deprived of their liberty the most vulnerable, in particular pregnant women, the elderly, children, the disabled, and so on.

Moreover, in a concerted manner, massive solutions to deprivation of liberty must be implemented, as has been done in other parts of the world.
Our humanity is at stake. From our collective ability to implement effective responses to today's health emergency depends our capacity to do so tomorrow regarding climate change.

This is why we urge you to ask the Member States to decide as soon as possible on broad amnesty measures, possible under existing laws, the principles of which are based on the common values of the European Union, and in particular of the Charter of Fundamental Rights of the European Union which proclaims in its first article that "Human dignity is inviolable. It must be respected and protected."

Let us set an example! The pandemic hitting Europe today, will call on all nations to move in the same direction tomorrow.

Contact: amnistia.covid19@gmail.com

LISTE DES SIGNATAIRES


Elisabetta Zamparutti (Italie), ancien membre du Parlement, Association « Ne touches pas à Caïn »
Jean-Marie Delarue (France), ancien Contrôleur général des lieux de privation de liberté (French NPM)
Vincent Delbos (France), magistrat, ancien membre du mécanisme national de Prévention (CGLPL),
Mairead Corrigan Maguire (United Kingdom), Nobel Peace Prix 1976
Jean-Paul Costa, (France) ancien président de la Cour Européenne des Droits de l’Homme
Bruno Cotte, (France) ancien président de chambre à la Cour pénale internationale
Alvares Gil Robles, (Espagne) premier Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe
Pascal Lamy (France), ancien Commissaire européen, President emeritius Institut Jacques Delors.
Nils Muiznieks (Lettonie) ancien Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe
Françoise Tulkens, (Belgique) ancienne vice-présidente de la Cour européenne des droits de l’homme
Petr Uhl, (République tchèque), signataire de la Charte 77, fondateur de VONS, Prix Charlemagne 2008
Nikolaos Paraskevopoulos (Grèce) prof. émérite de droit pénal, ancien Ministre de Justice
Vania Costa Ramos (Portugal), Chair of Forum Penal - Criminal Lawyers' Association, Portugal, and Vice-President of the European Criminal Bar Association
Rita Bernardini (Italy), President of Hands off Cain
Ingrid Betancourt (France), femme politique, écrivain,
Athanassia Anagnostopoulou, (Grèce) députée, ancienne Ministre des affaires européennes ; professeur d'Hisoire Université Panteion,
Nick Hardwick (United Kingdom),HM Chief Inspector of Prisons and Chair UK NPM 2010-2016
Sergio d’Elia (Italy), Secretary of Hands off Cain,
Arta Mandro (Albania), professor at the Albanian School of Magistrates and writer,
Jean Pierre Restellini (Suisse), ancien Président du Mécanisme National de prévention (MNP) de Suisse
Mireille Delmas-Marty (France), Professeure honoraire au Collège de France et membre de l’Académie des Sciences Morales et politiques,
Anna Šabatová (Czech Republic), former Czech ombudswoman, spokeperson and signatory of the Chart 77,
Maurizio Bolognetti (Italie), Conseiller general du Parti Radical, en grève de la faim pour l'amnistie
Carlos Pinto de Abreu (Portugal), Lawyer and former Chair of the Human Rights Committee of the Portuguese Bar Association
Eftychis Fytrakis, (Grèce), docteur en droit pénal, chercheur auprès le Médiateur de la République, ancien Secrétaire Général de Politique Criminelle
Giorgio Spagher (Italy), Professor of criminal procedure and former President of the national conference of deans and chief department of Law universities,
Philippe Mary (Belgique) professeur ordinaire à la faculté de droit et de criminologie de l'Université libre de Bruxelles
Sophia Vidali, (Grèce) prof. de Criminologie, Université Democritus, membre du SPT,
Tullio Padovani (Italy), Professor of Penal Law, High School of Sant'Anna Pisa,
Marie Lukasova, (Czech Republic) Lawyer 
Contact: amnistia.covid19@gmail.com
Pau Perez Sales (Espagne) Psychiatrist. Technical advisor NPM Editor-in-Chief Torture Journal.
Florence Morlighem (France), députée
Nico Hirsch (Luxembourg) Former Deputy Director General of the Grand Ducal Police
Marc Nève, (Belgique) Président du Conseil central de surveillance pénitentiaire
Irene Testa (Italie) Trésorière du Parti Radical
Régis Bergonzi (Monaco) Bâtonnier de l'Ordre des Avocats de Monaco
Maria Rita Morganti (San Marino), social services,
José Igreja Matos, (Portugal) Judge at the Court of Appeal
Cécile Dangles, (France), magistrate, présidente de l’association nationale des juges de l’application des peines (ANJAP)
Andrea Pugiotto (Italy), Professor of Constitutional Law, University of Ferrara,
Hans Wolff, (Suisse), médecin, professeur de médecine pénitentiaire
Don Vicenzo Russo (Italie) Chapelain de la prison de Sollicciano (Florence)
Maurizio Turco (Italie) Secrétaire du Parti Radical
Ersi Bozheku (Albania), Professor of penal Law, University La Sapienza,
Germano Marques da Silva, (Portugal) Full Professor of the Portuguese Catholic University Cathédratique
Pasquale Bronzo (Italy) Professor of criminal procedure, Università La Sapienza.
Iphigenie Kamtsidou, (Grèce) prof. de Droit Constitutionnel, Université Aristote, membre du Comité National pour les droits de l'homme, ancienne président du Centre National d'Administration Publique
André Gattolin, (France), Sénateur
Dr Sharon Shalev (United Kingdom), Centre for Criminology, Oxford University & SolitaryConfinement.org
Roberto Rampi (Italie), sénateur
Giorgos Angelopoulos, (Grèce) prof. assistant d'Anthropologie sociale Université Aristote, ancien Secrétaire Général d'Education Nationale de Grèce ;
Roberto Giachetti (Italie), sénateur
Vincent Asselineau, président de l’association européenne des avocats pénalistes Bruxelles
Nikolaos Koulouris (Grèce), professeur assistant de criminologie, Université Democritus


mardi 7 avril 2020

Luk Vervaet : la prison n'est pas l'endroit pour survivre à une pandémie.

Depuis le début de la crise du coronavirus et la crise qu’elle a provoqué dans les prisons, le ministre de la Justice Koen Geens et les autorités pénitentiaires sont dans le déni. « Rien à signaler, rien à déclarer, tout va bien, tout est normal et sous contrôle, l'hygiène est assurée comme avant, non, il n’y a pas plus de médecins qu'avant, les détenus ont bien tenu pendant deux mois pendant la grève du personnel pénitentiaire, alors ... ». C’était le ton de l’intervention du ministre à la chaine LN24. Une annonce à peine voilée sur ce sur ce qui attend les prisonniers dans les semaines qui viennent : encore plus d’isolement. En Belgique, laisse sous-entendre le ministre, la crise n’est pas aussi dramatique que dans d’autres pays. Le monde vacille, mais les prisons belges restent debout. Le calme légendaire de cet homme d’Etat, le manager faisant face à toutes les crises, n’impressionne que le monde politique et médiatique. Les propos de Koen Geens ont été ressentis comme des gifles par les détenus et leur famille, qui sont dans l’abandon et l’angoisse.
  
Monsieur le ministre, n’entendez-vous pas les cris qui traversent les barreaux ? Les demandes à répétition des mamans et des sœurs de détenus, de la CLAC, de l’OIP, des Familles de détenus Belgique, en passant par le Genepi Belgique, la Ligue pour les Droits humains jusqu’au Conseil Central de surveillance des établissements pénitentiaires, jusqu’à l’ONU… qui plaident tous pour des réductions immédiates du nombre de détenus dans les prisons ? 
Faut-il s’étonner qu’en absence d’une réponse à ces appels, des détenus mettent le feu, des détenus se battent entre eux, des gardiens se font agresser ? 
La grève des syndicats, annoncée pour le 12 au 19 avril, rendra la situation encore plus intenable. Une situation sanitaire qui risque à tout moment de devenir aussi grave dans les prisons que dans les homes, les maisons de repos et autres formes de détention. 

 L'isolement


La politique du gouvernement est double : quelques miettes pour calmer la colère, comme les 20 euros pour le téléphone, un petit mot de remerciements de la part du Roi pour remercier les détenus qui fabriquent des masques, tout en se dirigeant en même temps vers un isolement total des détenus. Silence radio pour les détenus quant à la propagation du virus au sein des prisons. Des détenus qui pourraient sortir de prison dans quelques semaines ou quelques mois doivent y rester. Des personnes qui sont en détention préventive (et donc présumés innocentes) y restent. Pour donner un exemple parlant : leur procès étant reporté jusqu’au 8 mai, les personnes inculpées pour être venues en aide et avoir hébergé des réfugiés (« trafic d’êtres humains » !), dont trois sont depuis 10 mois en détention préventive, restent en prison. Tandis que des hôpitaux et des maisons de repos lancent un appel à des volontaires pour renforcer les équipes médicales et de soins, les prisons font le contraire, elles se renferment complètement : les visites des familles ainsi que toutes les activités sont annulées. En plus, le personnel pénitentiaire étant à bout et déjà réduit pour cause de maladie, ceux qui travaillent encore se mettent en grève à chaque fois qu’un incident ou une agression se produit. 


Moins catholique que le pape ? 


Il suffirait de laisser parler le bon sens. Nous savons tous que la prison ne peut pas faire face au virus. Qu’il faut libérer des détenus. Lors de sa prière de l’Angelus du 29 mars, le pape, le guide spirituel du ministre Geens, s’est inquiété du sort des personnes vivant le confinement « en groupe ». En particulier celles « dans les prisons surpeuplées ». Et il a ajouté : « Je demande aux autorités d’être sensibles à ce grave problème et de prendre des mesures pour éviter les tragédies à venir ».  

Ces personnes dont parle le pape font partie de ceux d’en bas. Partout la population carcérale est composée d’ouvriers, de chômeurs, de sans-profession, de sans-diplôme, avec, comme aux Etats-Unis, une surreprésentation des minorités « étrangères et/ou (d’origine) immigrées ». Serait-ce une des raisons du désintérêt pour cette population ? 
Le contraste avec l’impunité et la liberté dont jouissent les criminels au sommet de nos sociétés, est révoltant. Aucun des criminels qui ont provoqué les crises financières comme celle de 2008, ce qui a entraîné des drames sociaux par milliers et des suicides par centaines, n’ont été mis en prison (sauf en Islande !). Impunité aussi pour ceux qui s’évadent avec leurs milliards vers les paradis fiscaux, privant ainsi nos sociétés des fonds nécessaires pour l’éducation, le logement ou les hôpitaux. Impunité aussi pour ceux qui sont responsables de ce système capitaliste mondial qui investit 1000 fois plus dans les armes, la guerre, les drogues et la destruction que dans le matériel et le personnel de soins.     

Ceux d’en bas se trouvent dans des prisons, des lieux confinés, où les mesures contre la contamination du virus, recommandées à l’extérieur, sont impossibles à respecter. En temps normaux déjà, l’hygiène et les soins n’y sont pas assurés. Il y a les rats, les cafards, les punaises, les moisissures. Il y a une population carcérale dont une partie est âgée, malade, fragile, ce qui en fait un groupe extrêmement vulnérable. 

Il faut donc libérer les détenus, comme le propose la Clac. Il faut désengorger immédiatement les prisons et libérer ceux et celles qui peuvent l’être, comme le disent d’autres organisations. Il faut écouter les messages et regarder les vidéos des détenus qui sortent de prison et y donner suite : gratuité du téléphone et de la télévision, possibilité d’utiliser Skype, comme aux Pays-Bas, mise à disposition d’un téléphone pour ceux qui n’en ont pas, comme en Espagne, renforcement des équipes médicaux et de soins, mesures supplémentaires l’hygiène pour les détenus, pas d’augmentation des prix de la cantine, grâce royale… 

Utilisez vos pouvoirs spéciaux 


Une crise sanitaire qui paralyse le monde ne demande-t-elle pas des mesures exceptionnelles ? 

Vous venez de recevoir des pouvoirs spéciaux pour gérer la crise. Vous pouvez prendre des mesures exceptionnelles et ordonner la libération des détenus. Si vous n’en avez pas le courage, vous pouvez demander au Roi de prononcer une amnistie ou une grâce, comme c’était le cas jusque dans les années 90. Ce geste humain mettrait plus de détenus sur la bonne voie que de les faire subir des années de prison dans des situations intenables.  

Prenons l’exemple du Portugal. S’il est vrai que ce pays compte 2000 détenus de plus dans ces prisons que la Belgique, il a au moins le mérite de suivre la recommandation de l’ONU de libérer des prisonniers. Le gouvernement portugais a décidé "de simplifier la procédure pour gracier des prisonniers par le Président de la République. D’accorder une grâce partielle pour les peines jusqu'à deux ans / ou pour les deux dernières années de détention - en sont exclus : les homicides et viols, abus de mineurs, violence domestique ou des crimes commis par des gens ayant exercés des fonctions de responsabilité (les hommes politiques, membres des forces de l'ordre, les magistrats, les militaires etc.). Les congés pénitentiaires passent de trois jours à 45 jours, au terme desquels les autorités judiciaires peuvent décréter la liberté conditionnelle". Tous les prisonniers libérés sont bien entendu soumis aux règles de confinement en vigueur.


Non, monsieur Geens, notre objectif immédiat n’est pas d’avoir 10.000 détenus dans les prisons belges, mais 5.611 !


En 2014, vous avez déclaré que votre ambition était, je cite : « d’arriver à faire descendre le nombre de détenus en-dessous de 10.000 ». D’abord, je n’ai toujours pas compris d’où vous sortez ce chiffre phare et ce qui vous fait dire que ce chiffre est un objectif. Vous avez oublié qu’en 1980, le nombre de détenus en Belgique était 5.611, c’est-à-dire la moitié. Pourquoi ce chiffre ne vous sert-il pas d’objectif à atteindre ? 

Les Pays-Bas comptent 17 040 000 habitants. La Belgique en compte 11 400 000, c’est-à-dire 6 millions en moins. En dix ans, les Pays-Bas ont réduit leur population carcérale de la moitié : de 21 826 détenus en 2005 à moins de 10 000 en 2014.  Selon les ministères de l'Intérieur et de la Justice des Pays-Bas « 27 établissements pénitentiaires et judiciaires jugés excédentaires ont été fermés depuis 2014 » Si le taux d’incarcération (le nombre de détenus sur 100.000 habitants) se situe entre 50 et 60 pour les Pays-Bas, celui de la Belgique tourne de 90 à 100, c’est-à-dire quasi le double ! 
Ensuite, depuis votre promesse, et malgré la construction de nouvelles prisons, malgré le transfert d’un nombre d’internés dans des institutions psychiatriques, ce chiffre n’est jamais descendu en-dessous des 10.000, à l’exception de l’été 2018. En 2019, il y avaient 10.556 prisonniers en moyenne dans nos prisons, avec un nombre de 10.883 en décembre 2019, le niveau le plus élevé depuis quatre ans. Nous avons toujours 1.862 détenus « de trop » dans les prisons. Pour 55 places à la prison de Ypres il y a 133 détenus. À Saint-Gilles, il y a 863 détenus pour 579 places. À Anvers, 717 prisonniers pour 413 places. À Malines 144 détenus pour 84 places. À Turnhout, 283 détenus pour 262 places.

Monsieur le ministre, que cette crise serve au moins à ramener le nombre de détenus au chiffre de 1980 !  

Ce ne sera qu’un premier pas. Par après, la question se posera autrement.

Vers une société égalitaire !


Depuis quelques décennies le monde est victime d’une pandémie carcérale : de nouvelles prisons, centres de détention, camps pour réfugiés, murs… ont été érigés partout. Quand cette crise sera derrière nous, nous ne voulons pas retourner à ce qui était « la normalité ». 

Le résultat de cette crise sera une confrontation. Entre ceux qui veulent sauver ce système par le renforcement de l’exploitation et de la répression, par l’augmentation du nombre de prisons et de prisonniers et de système de contrôle de toute une population, pour répondre à une misère et une révolte sociale qui s’annoncent. Et entre ceux qui veulent la fin de ce système capitaliste qui a prouvé sa faillite et qui font le choix d’une société égalitaire. Dans cette conception, l’abolition des prisons se posera. Il ne s’agira pas d’instaurer un régime d’impunité, il s’agira de nous défaire de notre addiction à la prison, de reconstruire des communautés solidaires qui cherchent ensemble des solutions pour prévenir le mal et le réparer autant que faire se peut. Il s’agira de s’appuyer sur les formes solidaires qui se développent entre les gens, de remettre la justice dans leurs mains en développant des formes de justice réparatrices, restauratrices et transformatrices. 

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