vendredi 14 septembre 2018

Monsieur Tamek, je vous fait part de mon souci concernant le prisonnier Salek Laasairi. Une lettre de Marie-Jo Fressard.



Marie-José Fressard  
                                                  

Gap, 10/9/2018
Solidarité Maroc 05
                                                                                              
Lettre ouverte à Monsieur le Responsable de la délégation générale de l'administration des prisons au Maroc,

Monsieur le  Délégué Général

Je me permets de vous faire part de mon souci concernant le prisonnier Salek Laasairi, détenu à la prison locale d'Aït Meloul ( numéro d'écrou 7533). Il y a trois ans j'ai accepté d'être sa "marraine". J'ai alors découvert sa dramatique histoire : condamné à perpétuité par le tribunal militaire marocain pour un crime qu'il nie toujours avoir commis. Je n'ai pas pu apprendre si des preuves de ce crime ont été produites, ce qui me semblerait normal pour une peine de cette gravité.

Depuis que j'assure son parrainage j'ai pu me rendre compte à quel point cet emprisonnement est un enfer pour lui, prisonnier politique sahraoui. Un enfer qui se dégrade semaine après semaine. Maltraitance physique, cachot, destruction et vol de ses quelques biens, maltraitance de sa famille. Et surtout maltraitance psychologique : diminution voire suppression des quelques instants de téléphone avec sa famille et avec ses amis, seuls instants de bonheur qui lui permettent de ne pas sombrer dans la déprime, voire plus. Malgré tout, lors des rares moments pendant lesquels j'ai pu l'entendre au téléphone, il faisait preuve d'un courage incroyable, éclatant de rire, demandant des nouvelles de ma famille et de ma santé. Ne se plaignant jamais, mais plaignant tous ceux qui souffrent. "Moi, tout va bien".



En 2015, lorsque j'ai commencé à avoir des contacts avec lui, il m'appelait chaque lundi après-midi en lançant un joyeux "Ça va bien, grand-mère ?", question ponctuée d'un sonore éclat de rire. Nous pouvions échanger quelques phrases, difficilement à cause du bruit du parloir. Nous échangions aussi quelques lettres, j’envoyais des cartes et quelques colis. Même s'ils mettaient parfois jusqu'à deux mois pour arriver, ils arrivaient.

Mais progressivement, même ces petits bonheurs lui sont interdits. L'appel du lundi est de plus en plus rare, à peine une fois tous les deux mois et de plus en plus brefs. Ses lettres ne me parviennent plus. Il ne reçoit plus les miennes, ni mes cartes. Mon dernier colis m'a été retourné ; je l'ai renvoyé, il m'est revenu.

Ce comportement odieux de l'administration pénitentiaire n'a rien à voir avec une notion de justice, c'est de la pure discrimination, de la haine de la pire espèce.

Monsieur le Délégué Général vous avez le pouvoir d'exiger de la part du personnel de la prison locale d' Aït Meloul que Salek Laasairi soit traité avec un minimum d'humanité comme l'exigent les Conventions internationales que pourtant le Maroc à signées.

D'avance, pour lui, je vous remercie et vous prie de recevoir, Monsieur le Délégué Général de l'administration des prisons du Maroc, l'expression de ma haute considération.

Marie-José Fressard
Présidente de l'association Solidarité Maroc 05
05000 Gap   France
solidmar05@gmail.com

Copies : Solidarité Maroc 05, APSO, Association des familles et amis des prisonniers,solidmar.blogspot.com

mardi 10 juillet 2018

Les autorités américaines m’interdisent de parler à Nizar Trabelsi : la lente mise à mort d’un extradé aux États-Unis.



par Luk Vervaet

Le 30 juin 2018, j’ai appris que ma demande d’avoir un contact téléphonique avec Trabelsi était refusée par les autorités américaines. Ce n’est qu’un élargissement et une conséquence du ban que je subis depuis près de dix ans en Belgique : interdiction d’enseigner, de visiter ou de contacter quelqu’un dans toutes les prisons belges. 
Dans la décision américaine, le rôle des services de police belges et des procureurs belges a été déterminant. Quand je visitais Trabelsi à Lantin, il me disait qu’il était au courant que la FBI avait demandé la liste de ses visiteurs. Je pensais qu’il essayait de m’impressionner. Mais il avait raison. Lors d’une réunion aux États-Unis, qui a duré quatre jours, entre la police et les experts antiterroristes américains et la police belge et le procureur fédéral belge Michel Yernaux, ce dernier a promis de fournir aux services antiterroristes américains, je cite, « la liste de tous les numéros de téléphone que Trabelsi a demandé à joindre, de tous les destinataires et les expéditeurs de ses courriers, et de toutes les personnes qui lui ont rendu visite en prison. » Cela se trouve noir sur blanc dans un document, qui décrit le plan commun sur comment on allait s’y prendre pour pouvoir extrader Trabelsi. 
Est-ce normal que mon nom ou les noms des membres de La Ligue des droits de l’homme ou d’Amnesty international Belgique, qui ont visité Trabelsi en prison soient transmis à la FBI, pour y être mis sur la liste noire ?  
Si on laisse faire, Trabelsi passera le restant de sa vie en prison. Et avec lui les droits démocratiques élémentaires des rares personnes qui se sont opposées à sa mise à mort, lente, mais certaine. 

Les SAM (Special administrative measures – Mesures administratives spéciales)  

Le footballeur professionnel tunisien Nizar Trabelsi est en prison depuis 2001, soit 17 ans sans interruption, pour avoir conçu le plan de commettre un attentat contre la base militaire de l’OTAN à Kleine Brogel en Belgique, attentat qui n’a jamais eu lieu [1] .
Depuis son extradition illégale par la Belgique le 3 octobre 2013, il est prisonnier fédéral aux États-Unis[2]. Il s’y trouve en isolement depuis près de cinq ans à la prison régionale de Rappahannock à Stafford, en Virginie. Une prison à la campagne, in the middle of nowhere - au milieu de nulle part -, à une heure de route de Washington. À part celle de ses avocats, il n’a reçu aucune visite depuis cinq ans.

Lorsqu’il était enfermé à Lantin en Belgique, je suis devenu son visiteur de prison, à la demande de la famille. Nous y avons entamé l’écriture d’un livre sur sa vie, avant que les autorités belges ne m’interdisent tout contact. En 2009, j’ai organisé une action de protestation contre son isolement dans la section d’isolement AIBV de la prison de Bruges et contre son éventuelle extradition aux États-Unis. En 2013, il m’avait demandé d’être témoin à son mariage, ce que j’avais accepté. Par son extradition le 3 octobre, la Belgique a empêché cette union, qui devait être célébrée la même semaine dans la prison d’Ittre.     

 Le 3 mai 2018, en tant qu’aide aux avocats de la défense aux États-Unis, j’ai signé un document des autorités américaines pour obtenir l’autorisation de lui parler au téléphone. J’y déclarais que mes contacts téléphoniques ou écrits avec Trabelsi respecteraient toutes les restrictions imposées tant à lui qu’à moi par les autorités. 
Ces restrictions sont formulées dans un document qui s’appelle « Special Administrative Measures » (SAM) – Mesures Administratives Spéciales. Ce document, qui doit être signé par les avocats, avant même qu’ils soient admis comme avocats de la défense, et par toute personne admise à entrer en contact avec lui, porte un nom on ne peut plus banal. En réalité, il cache un traitement d’isolement draconien, quasi absolu, du détenu.

Le texte du document (photo) que j’ai signé dit ceci : 
« Déclaration
En signant le document ci-dessous, j'accuse réception du document de restrictions SAM pour Nizar Trabelsi, daté du 30 octobre 2017 (il s’agit d’un renouvellement des SAM précédents). En signant la déclaration, j’en prends connaissance et je déclare que j’accepte les dispositions SAM, en particulier celles qui concernent le contact entre le détenu et son avocat et le personnel du procureur. La signature de l'affirmation ne constitue pas une approbation du MAS ou des conditions de détention, et elle ne sert pas à attester un soutien à un des facteurs énoncés dans les conclusions soutenant le SAM. Cependant, en signant l'affirmation, je reconnais la restriction selon laquelle ni moi ni mon personnel ne transmettrons des messages de tiers à ou du détenu. Signature et date ».
En signant ce document, je savais que je m’enfermais dans le silence. Que je ne pourrais plus rien dire ni écrire sur ce qu’il me dirait sur ses conditions de détention, sa santé, l’évolution du procès. Mais, je me suis dit que, dans la situation actuelle, établir un contact humain était peut-être la chose à faire avant tout.  

Voici quelques extraits de ce que les SAM stipulent au niveau des contacts téléphoniques pour les avocats, leurs assistants, la famille et pour les deux personnes autorisées d’avoir un contact téléphonique. J’ai mis certaines parties de ces extraits en gras et je n’ai pas pu m’empêcher d’ajouter un point d’exclamation çà et là.

Un appel téléphonique dans le pays des morts …

D’abord, disent les SAM, il y a la vérification de qui est au téléphone. « Les communications téléphoniques avec son avocat ou son personnel pré-contrôlé effectuées par le détenu doivent être faites par un(e) employé(e) de l’USMS/BOP/DF[3] et l’appareil doit être remis au détenu une fois que l’employé(e) de l’USMS/BOP/DF aura confirmé que la personne à l’autre bout du fil est l’avocat du détenu. »

Puis : « Avant chaque appel téléphonique, l’USMS/BOP/DF informera le détenu des restrictions imposées par MAS sur les appels. L’USMS/BOP/DF informera verbalement le(s) membre(s) de la famille proche du détenu à l’autre bout du fil des restrictions imposées par MAS sur les appels ».

Ensuite, il y a l’enregistrement par la FBI. Tous les appels téléphoniques sont « enregistrés en simultané par le FBI, une copie de l’enregistrement de chaque appel sera transmise au FBI ».

Il y a l’Interdiction d’enregistrer ou de partager le contenu d’une conversation avec une tierce personne. « Le privilège » d’un appel téléphonique (!) » est subordonné aux restrictions supplémentaires suivantes : « lors de l’appel le correspondant ne peut pas mettre sur haut-parleur, ni acheminer, transmettre ou transférer à des tiers les appels téléphoniques ou autres communications du détenu. Aucun appel / échange ou partie d’un appel / échange ne peut être entendu par un tiers, ne sera transféré ou acheminé ou transmis de quelque manière que ce soit à un tiers, ne sera divulgué à un tiers de quelque manière que ce soit…ne sera enregistré ou conservé de quelque manière que ce soit. »

Toute communication avec les médias est interdite : « Il n’est pas permis au détenu de parler aux, de rencontrer, de correspondre avec ou communiquer par d’autres moyens avec un quelconque membre ou représentant des médias en personne, par téléphone, en soumettant un message enregistré, moyennant le courrier, son avocat ou un tiers ou par aucun autre moyen ».

Même un médecin comme la neuropsychiatre belge Carine De Rouck ne peut avoir des contacts téléphoniques avec son patient Trabelsi qu’en présence de l’avocat et « aussi longtemps que l’avocat du détenu sera au téléphone pendant l’appel ». Tous les appels se feront en anglais, sauf si un interprète est disponible pour suivre simultanément l’appel.

Des règles similaires à celles qui valent pour le téléphone s’appliquent au courrier, « qui sera copié et transmis au lieu désigné par le FBI ». Ou aux visites : celles-ci sont prévues uniquement pour la famille proche, « lors des visites il ne peut y avoir aucun contact physique, la visite devant se faire derrière une séparation ».

La coupure quasi-totale du monde extérieur s’ajoute à l’isolement quasi-total au sein de la prison. « Il ne peut partager sa cellule avec un autre détenu ». « Le détenu ne peut pas participer à la prière en groupe avec d’autres détenus ». « Alors qu’il se trouve dans le bloc cellulaire, le détenu sera séparé des autres détenus autant que possible », « le détenu sera empêché de communiquer avec les autres détenus ». 

En cas de non-respect des SAM…

Les sanctions pour non-respect des SAM sont aussi draconiennes que le règlement lui-même.

Les sanctions immédiates pour le détenu et son correspondant en cas de non-respect des règles pendant une échange téléphonique sont les suivantes :  « Si l’USMS/BOP/DF, le FBI ou l’USA/DDC[4] détermine que le détenu a utilisé ou utilise l’occasion de placer un appel permis pour parler avec un autre détenu ou pour toute autre raison non légale qui passerait outre l’intention des SAM, la capacité du détenu de prendre contact avec son avocat par téléphone peut être suspendue ou éliminée ».
« Au cas où la surveillance ou l’analyse des appels téléphonique révèle qu’un appel ou une partie d’un appel impliquant le détenu contient une indication d’une discussion d’une activité illicite, l’encouragement ou la sollicitation d’un acte de violence ou de terrorisme ou un contournement réel ou une tentative de contournement des MAS, il sera interdit au détenu d’appeler les membres de sa famille proche… pendant une durée qui sera déterminée par l’USMS/BOP/DF. Si la surveillance en simultané révèle une telle activité inappropriée, l’appel téléphonique peut être immédiatement coupé ».

Le non-respect des règles SAM par un avocat peut mener à son interdiction de visiter et de représenter son client. Mais ça peut aussi entraîner une condamnation et une incarcération des avocats de la défense. 
Pour non-respect des SAM imposées à son client, le "Sheikh aveugle", le clerc égyptien Omar Abdel Rachman, l’avocate Lynne Stewart a été condamnée en appel à 10 ans de prison ferme le 28 juin 2012. Incarcérée au FMC Carswell à Fort Worth, au Texas, cette avocate du peuple a été condamnée sur cinq chefs d'accusation « de complot en vue d'aider et d'encourager le terrorisme ». Stewart avait publié un communiqué de presse de son client, dans lequel il donnait son opinion sur l’attitude à adopter par l’opposition musulmane en Egypte face aux crimes et meurtres, commis par Hosni Moubarak, le président égyptien d’antan. Stewart a été reconnue coupable d'avoir « violé une SAM », qui interdit la publication des opinions de son client. En janvier 2014, Stewart a été libérée (“compassionate release”), parce qu’elle avait un cancer incurable. Trois ans plus tard, en mars 2017, elle en est morte à 77 ans. En 2012, le président égyptien Mohamed Morsi avait demandé aux États-Unis de transférer Omar Rachman en Égypte pour raisons humanitaires. Demande refusée : Omar Abdel Rachman, est mort en prison en 2017, après plus de 20 ans en prison, à l’âge de 78 ans.

Pour les détenus, les sanctions pour non-respect des SAM consistent à renforcer leur isolement. Accusé d’avoir voulu contourner les SAM, en essayant de faire passer des messages à la presse, Nizar Trabelsi a été mis au cachot pendant 30 jours et s’est vu enlever le droit de faire des appels téléphoniques pendant plusieurs mois. Les correspondants, dont sa femme, ont subi le même sort.

Les raisons de ce traitement inhumain et dégradant : la responsabilité belge

C’est sur base des informations fournies par la Belgique que Nizar Trabelsi a été soumis aux SAM dès le 1 novembre 2013 (un mois après son arrivée aux États-Unis) par le ministre de la Justice des États-Unis. 
Dans les documents américains on peut lire sous le titre : La base des mesures administratives, je cite, : « Moyennant des appels téléphoniques interceptés et autres preuves, les autorités belges découvraient en janvier et février 2007 un complot pour libérer Trabelsi de prison… Selon les rapports de sources ouvertes, vers la fin de 2007, les services de sécurité belges ont déjoué un complot extrémiste pour sortir Trabelsi de prison. De nombreux extrémistes ont été arrêtés, quoique les charges contre eux ont été levées. Tout au long de son incarcération, les autorités belges considéraient Trabelsi comme une menace persistante pour la sécurité. En août 2013, peu avant son extradition vers les États-Unis, les autorités carcérales belges continuaient à considérer Trabelsi comme une menace pour la sécurité. Le directeur général des établissements pénitentiaires belges a conclu qu’il était nécessaire de limiter les contacts de Trabelsi avec les autres prisonniers et d’adopter des mesures en vue de réduire les risques à la sécurité posés par la détention de Trabelsi. »

L’argument de la menace pour la sécurité, je l’ai déjà réfuté dans mon livre Guantanamo chez nous ?. Trabelsi n’a jamais été interpellé, interrogé ou sanctionné pour un plan d’évasion. Même chose pour les « nombreux extrémistes » qui selon les autorités américaines, « ont été arrêtés pour un complot pour sortir Trabelsi de prison ».  Et quant à la direction générale des prisons, elle a toujours été en opposition avec l’avis des directions de prisons. Est-ce vrai, comme disent les Américains, qu’en août 2013, Trabelsi « constituait une menace pour la sécurité » ? Voici ce qu’en disait la direction de la prison d’Ittre où il se trouvait à ce moment : « La direction d’Ittre n’a pas sollicité le transfert de M. Trabelsi vers la prison de Bruges ; M. Trabelsi n’a pas posé de problèmes majeurs au sein de notre établissement durant sa dernière détention à Ittre ».[5]

Ensuite, disent les américains, la deuxième raison est que « Trabelsi a une propension à la violence… qu’il continue son engagement à l’égard des objectifs d’Al Qaida comme le démontre la déclaration qu’il a faite le 3 octobre 2013 au FBI ». Là aussi il s’agit d’une affirmation gratuite et invérifiable, vu que Trabelsi lui-même ne peut pas s’exprimer sur le sujet avec qui que ce soit.  Vu aussi qu’il avait demandé l’asile politique en Belgique :  connaissez-vous un membre d’Al Qaeda qui fait ce genre de demande ? Vu aussi que l’homme a exprimé publiquement son souhait de vivre en paix avec sa famille et qu’il avait renoncé à la violence ?

Enfin, disent les Américains, une troisième raison pour l’imposition des SAM est que le journal De Standaard a écrit le 23 octobre 2013, c’est-à-dire 20 jours après l’extradition de Trabelsi, que « d’autres terroristes islamistes se trouvant en Syrie ont déclaré qu’il existe des plans pour libérer de prison les frères musulmans, dont Trabelsi ».  Mais, est-ce une surprise que chaque extradition illégale, tout traitement à la Guantanamo, enflamme la haine ?
        




[1] Sur la condamnation, la détention et l’extradition de Nizar Trabelsi lire : Guantanamo chez nous ? Luk Vervaet, Antidote http://www.antidote-publishers.be/buy-a-book/guantanamo-chez-nous/
[3] United States Marshals Service (usms), Bureau federal des prisons (BOP), Centre de Détention (DF)
[4] USA/DDC : Le procureur des Etats-Unis pour le district de Columbia, FBI : Federal Bureau of Investigation
[5] Cité dans Guantanamo chez nous ? page 22

vendredi 29 juin 2018

"Familles de prisonniers pour la justice - Belgique"" parmi les 220 organisations réclamant la libération immédiate de Khalida Jarrar (français, English)

 (fr) Plus de 220 organisations se sont unies pour demander la libération immédiate de Khalida Jarrar, féministe palestinienne et parlementaire de gauche emprisonnée. Jarrar, l'un des principaux défenseurs des droits des prisonniers palestiniens, a été emprisonnée sans inculpation ni jugement sous le régime de la détention administrative israélienne pendant près d'un an.

Les organisations qui ont exprimé leur soutien à la liberté de Jarrar comprennent des partis politiques, des groupes féministes, des groupes de solidarité avec la Palestine et de la communauté palestinienne, pour la justice indigène, pour l'abolition des prisons, des organisations de défense des droits de l'homme etc. de plus de 20 pays.

Jarrar a été emprisonnée depuis le 2 juillet 2017, lorsqu'elle a été arrêtée lors d'une descente de nuit à son domicile à El-Bireh par les forces d'occupation israéliennes. Le 14 juin 2018, elle a été informée que sa détention serait prolongée de quatre mois supplémentaires, une peine qui devrait être confirmée par un tribunal militaire israélien le 2 juillet 2018.

Nous appelons à des journées d'action pour la libération de Khalida Jarrar entre le 30 juin et le 2 juillet. Il est plus important que jamais que nos voix soient entendues et que nos actions soient visibles. Des manifestations sont déjà organisées à New York et ailleurs dans le monde. Vous pouvez télécharger des dépliants, du matériel et des pétitions pour rejoindre la campagne ici: http://samidoun.net/2018/06/take-action-to-free-khalida-jarrar-june-30-july-2-organize-for -liberté/

Vous êtes invités à ajouter le nom de votre organisation à la déclaration suivante pour demander la libération de la dirigeante palestinienne emprisonnée Khalida Jarrar ! Nous continuerons de mettre à jour cette déclaration et de la rediffuser avec d'autres signataires. Pour la signer, veuillez utiliser le formulaire ou envoyer un courriel à samidoun@samidoun.net avec le nom de votre groupe.

Liberté pour Khalida Jarrar !
Arrêt de la détention administrative !

Nous, les organisations signataires, nous nous associons afin de réclamer la mise en liberté de la dirigeante politique palestinienne Khalida Jarrar, personnalité de gauche, féministe, avocate des droits des prisonniers et membre du Conseil législatif palestinien. Elle est emprisonnée sans accusation ni procès depuis juillet 2017 – et, cette fois, l'occupation militaire israélienne vient de décider que sa détention serait prolongée de quatre mois supplémentaires.

Le 2 juillet 2017, avant l'aube, les militaires de l'occupation israélienne ont fait irruption au domicile de Khalida Jarrar. Peu après, elle a fait l'objet d'une ordonnance de détention administrative, c'est-à-dire d'un emprisonnement sans accusation ni procès. Khalida Jarrar est l'une des quelque 450 Palestiniens emprisonnés en détention administrative, un vestige du Mandat colonial britannique repris par l'occupation israélienne pour incarcérer des milliers de membres et de dirigeants politiques de la communauté palestinienne. Actuellement, quelque 6 100 Palestiniens dont détenus dans les prisons israéliennes.

En décembre 2017, sa détention a été prolongée de six nouveaux mois. Et, cette fois, une autre ordonnance militaire déclare qu'elle sera emprisonnée durant quatre mois supplémentaires. Les ordonnances de détention administrative peuvent être émises pour six mois à la fois et elles sont renouvelables à l'infini. Sous le coup de ces ordonnances, des Palestiniens peuvent passer des années en prison d'un seul tenant et ils ignorent quand ils pourraient être libérés, en admettant qu'ils le soient un jour.

Comme le fait remarquer Addameer, « cette pratique de la détention arbitraire constitue une violation grave des lois internationales et des normes des droits de l'homme, tout particulièrement des articles 78 et 72 de la Quatrième Convention de Genève, qui stipule que toute personne accusée a le droit de se défendre. Cette pratique enfreint également l'article 66 de cette même Quatrième Convention de Genève ainsi que les règles fondamentales d'un procès équitable ».

Le 2 juillet, une session du tribunal militaire israélien est prévue afin d'approuver l'ordonnance de détention. Jarrar, à l'instar de tous les détenus administratifs, a boycotté ces séances depuis février, puisqu'elles ne sont que des sessions d'approbation utilisées comme façades pour « cautionner » l'emprisonnement arbitraire des Palestiniens.

Khalida Jarrar est une dirigeante politique palestinienne représentant le Bloc Abu Ali Mustafa, allié au Front populaire (de gauche) de libération de la Palestine au sein du Conseil législatif palestinien. Elle dirige fréquemment et activement des manifestations et des actions populaires pour la liberté de la Palestine, en sa qualité d'avocate de longue date des prisonniers palestiniens et d'ancienne directrice exécutive d'Addameer (association de soutien aux prisonniers et des droits de l'homme), au sein de laquelle elle fait toujours partie du conseil de direction. Elle est également présidente du Comité des prisonniers du Conseil législatif palestinien.

Khalida Jarrar est également active au sein du mouvement des femmes palestiniennes depuis l'époque où elle était étudiante à l'université et où, en compagnie d'autres étudiantes, elle organisait l'opposition à l'occupation. Elle est également une organisatrice en vue des événements de la Journée internationale des femmes en Palestine, en étroite coordination avec d'autres organisations des femmes palestiniennes. « Les femmes palestiniennes sont des partenaires à part entière de la lutte palestinienne », insiste-t-elle.

Khalida Jarrar est profondément engagée dans le combat visant à réclamer devant la Cour pénale internationale des comptes aux dirigeants israéliens responsables de crimes de guerre. Elle est membre d'une commission palestinienne chargée de transmettre à la cour internationale plaintes et dossiers sur les incessants crimes israéliens contre le peuple palestinien, depuis les attaques contre Gaza, la confiscation de terres, la construction de colonies illégales, jusqu'aux arrestations et emprisonnements de masse.

Depuis 1998, il lui est interdit de voyager en dehors de la Palestine occupée. En 2010, lorsqu'elle a eu besoin d'un traitement médical en Jordanie, elle a dû lutter pendant des mois dans une campagne publique avant de recevoir enfin une autorisation de sortie. En 2014, l'occupation israélienne a tenté de la chasser de force de son domicile à Jéricho et, en 2015, elle a été arrêtée et emprisonnée pendant 14 mois en raison de ses activités politiques.

La prolongation de la détention administrative de Khalida Jarrar constitue une tentative d'éliminer une dirigeante efficace et populaire du mouvement national palestinien. Particulièrement en ce moment, alors que les gens descendent dans les rues un peu partout en Palestine occupée et que des milliers d'entre eux manifestent à Gaza dans le cadre de la Grande Marche du Retour, les dirigeants de son calibre sont les cibles des arrestations et des emprisonnements dans une tentative de désamorcer le combat palestinien.

Khalida Jarrar est visée en tant que dirigeante palestinienne, en tant que voix palestinienne pour la justice et en tant que femme palestinienne active. Son emprisonnement constitue une attaque de plus de l'État colonial israélien contre le peuple palestinien en lutte pour la liberté, et la détention administrative ainsi que l'emprisonnement massif de Palestiniens sont deux des armes utilisées par Israël dans ses tentatives de briser le mouvement palestinien de libération.

Nous nous associons aujourd'hui pour réclamer la libération immédiate de Khalida Jarrar, la fin de la politique et pratique de la détention administrative, et la libération des prisonniers politiques palestiniens détenus en Israël. Nous nous engageons à lutter pour la justice au cours de manifestations, d'actions, en organisant et en intensifiant les actions BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre Israël, dans l'esprit de résistance même de Khalida Jarrar.

(Engl) 
Over 200 organizations have joined together to call for the immediate release of Khalida Jarrar, the imprisoned Palestinian feminist, leftist parliamentarian. Jarrar, a leading advocate for Palestinian prisoners’ rights, has been jailed without charge or trial under Israeli administrative detention for nearly a year.

The organizations who have expressed their support for Jarrar’s freedom include political parties, feminist groups, Palestinian community and Palestine solidarity groups, Indigenous justice, prison abolition and prison justice organizations, human rights organizations, legal groups and more from over 20 countries.

Jarrar has been jailed since 2 July 2017, when she was seized in a night raid on her home in El-Bireh by Israeli occupation forces.  On 14 June 2018, she was informed that her detention would be extended for another four months, a sentence that is scheduled to be confirmed in an Israeli military court on 2 July 2018.

We are calling for days of action for the freedom of Khalida Jarrar between 30 June and 2 July. It is more important than ever that our voices are heard and our actions are visible. Protests are already being organized in New York and elsewhere around the world. You can download flyers, materials and visit petitions to join the campaign here: http://samidoun.net/2018/06/take-action-to-free-khalida-jarrar-june-30-july-2-organize-for-freedom/

You are invited to add your organization’s name to the following statement to demand freedom for imprisoned Palestinian leader Khalida Jarrar! We will continue to update this statement and re-release with additional signatories. To endorse, please use the form or email samidoun@samidoun.net with your group’s name.

Freedom for Khalida Jarrar! End administrative detention!

We, the undersigned organizations, come together to demand freedom for Palestinian political leader Khalida Jarrar, prominent leftist, feminist, prisoners’ rights advocate and member of the Palestinian Leslative Council. She has been imprisoned without charge and without trial since July 2017 – and now the Israeli military occupation has declared that her imprisonment will be extended for an additional four months.

On July 2, 2017, Khalida Jarrar’s home was raided by Israeli occupation soldiers in a pre-dawn raid. She was ordered shortly thereafter to administrative detention, imprisonment without charge or trial. She is one of approximately 450 Palestinians held under administrative detention, a relic of the British colonial mandate that has been used by the Israeli occupation to jail thousands of Palestinian community and political leaders, and one of approximately 6,100 Palestinian prisoners in Israeli jails.

In December 2017, her detention was renewed for another six months. Now, another military order declares that she will be imprisoned for four more months. Administrative detention orders can be issued for up to six months at a time and are indefinitely renewable. Palestinians can spend years at a time jailed under these orders, never knowing when they could be released, if ever.

As Addameer notes, “This practice of arbitrary detention is a grave violation of international laws and human rights standards, particularly articles 78 and 72 of the Fourth Geneva Convention which state that an accused individual has the right to defend him/herself. This also violates Article 66 of the Fourth Geneva Convention and the basic standards of fair trial.”

On July 2, an Israeli military court is scheduled to approve the detention order. Jarrar, like all administrative detainees, has boycotted these hearings since February, as they are mere rubber-stamp sessions used as a fig leaf to “legitimize” the arbitrary imprisonment of Palestinians.

Jarrar is a Palestinian political leader, representing the Abu Ali Mustafa Bloc, allied with the leftist Popular Front for the Liberation of Palestine, in the Palestinian Legislative Council. She is a frequent leader and participant in demonstrations and popular actions for Palestinian freedom, a a long-time Palestinian political prisoners’ advocate and former executive director of Addameer Prisoner Support and Human Rights Association and now a member of its board, and chair of the Prisoners’ Committee of the Palestinian Legislative Council.

She has also been active in the Palestinian women’s movement since her earliest days as a university student organizing with other female students to challenge the occupation. She is a leading organizer of International Women’s Day events in Palestine and coordinates closely with Palestinian women’s organizations. “Palestinian women are full partners in the Palestinian struggle,” she emphasizes.

Khalida Jarrar is heavily involved in the fight to hold Israeli officials accountable for war crimes in the International Criminal Court. She is a member of a Palestinian commission charged with bringing complaints and files before the international court about ongoing Israeli crimes against the Palestinian people, from attacks on Gaza to land confiscation and settlement construction to mass arrests and imprisonment.

Since 1998, she has been forbidden to travel outside occupied Palestine. When she needed medical treatment in Jordan in 2010, she struggled for months in a public campaign before finally receiving it. The Israeli occupation attempted to forcibly displace her from her home to Jericho in 2014, and in 2015, arrested and jailed her 14 months for her political activities.

The extended administrative detention of Khalida Jarrar is an attempt to remove an effective, grassroots leader from the Palestinian national movement. Especially now, when people are taking to the streets throughout occupied Palestine and thousands are marching in Gaza for the Great Return March, leaders like her are targeted for arrest and imprisonment in an attempt to defuse the Palestinian struggle.

Khalida Jarrar is being targeted as a Palestinian leader, a Palestinian voice for justice, and an active Palestinian woman. Her imprisonment is yet another attack by the Israeli colonial state against the Palestinian people struggling for freedom, and administrative detention and the mass imprisonment of Palestinians are two of the weapons used in an attempt to break the Palestinian liberation movement.

We come together today to demand the immediate release of Khalida Jarrar, an end to the policy and practice of administrative detention and freedom for Palestinian political prisoners in Israeli jails. We pledge to struggle for justice through protests, actions, organizing and escalating boycott, divestment and sanctions (BDS) actions against Israel, in Khalida’s own spirit of resistance.


Signataires :

Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network
Al-Awda NY, the Palestine Right to Return Coalition
Action Antifasciste NP2C
Actions4Palestine
Alkarama Movement of Palestinian Women
Al-Quds Day Committee of New York
American Muslims for Palestine – NY/NJ
American Party of Labor
Anticapitalistas
Anti-Imperialist Action Ireland
ArbeiterInnenmacht (Germany)
Arbeiter*innenstandpunkt (Austria)
Association Belgo-Palestinienne
Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP)
Association for Protection of Democratic Rights (APDR), India
AFPS 63 (Association France Palestine Solidarité 63)
AFPS 59/62
AFPS Alès-Cévennes
Associazione Amicizia Sardegna Palestina
Assopace Palestina – Italy
ATIK – Confederation of Workers from Turkey in Europe
Balfour Declaration Centenary Campaign
BDS Berlin
BDS France Saint-Étienne
BDS Turkey
BDS UChile (Universidad de Chile)
BDS Vancouver-Coast Salish
BDS Zürich
Belgian Academic and Cultural Boycott of Israel (BACBI)
Black Alliance for Peace
Boycott! Supporting the Palestinian BDS Call from Within (aka Boycott from Within – Israeli citizens for BDS)
Bruxelles Panthéres
Cafe Palestina of the Southern Berkshires
California Coalition for Women Prisoners
Campagne BDS France
Campagne unitaire pour la libération de Georges Ibahim Abdallah (Paris)
Campaign to Boycott Supporters of “Israel” in Lebanon
Campaign to Free Ahmad Sa’adat
Canada Palestine Association
Canadian BDS Coalition
Canadian Friends of Sabeel
Centre de la Communauté Démocratique Kurde de Toulouse
Coalition for Justice – Blacksburg
CODEPINK – Women for Peace
Colectivo Contraimpunidad
Collectif de Soutien à la Résistance Palestinienne 59-62
Collectif Judéo Arabe et Citoyen pour la Palestine
Collectif pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah
Colletivo Palestina Rossa
Comité Internacional Paz,Justicia y Dignidad a los Pueblos
Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie
Comité Poitevin Palestine
Committee to Stop FBI Repression – National
Committee to Stop FBI Repression – NY
Committees for a Democratic Palestine – Europe
Communist Party, Sweden
Coordinamento di Solidarietà con la Palestina – Sicilia
Corsica Internaziunalista
Corvallis Palestine Solidarity
Coup Pour Coup 31
Dun Padraig Friends of Palestine
Eye On Palestine Arts and Film Festival
Familles de prisonniers pour la Justice – Belgique
Femmes en lutte 93
F.O.R. Palestine (Berlin)
Free Gaza Movement
Free Palestine Movement
Freedom Archives
Freedom Road Socialist Organization
Friends of Sabeel North America
Frihet åt Ahed Tamimi Göteborg
Fronte Palestina
General Union of Palestine Students (GUPS Aix-Marseille)
General Union of Palestine Students (GUPS France)
Gents Actieplatform Palestina
Global Network Against Weapons & Nuclear Power in Space
Greek Front of Resistance and Solidarity with Palestine “Ghassan Kanafani”
Green Mountain Solidarity with Palestine
Greenville for Gaza
Handala Center for Prisoners and Former Prisoners – Palestine
Harakat Shaab – Lebanon
HDP (Peoples’ Democratic Party) Central Women’s Assembly
Hilombé Solidaridad
Human Rights Defenders
Independent Jewish Voices – Canada
Indivisible Midlands
Inminds Human Rights Group
intal
International Action Center
International Association of Democratic Lawyers
International Concerned Family and Friends of Mumia Abu-Jamal
International Jewish Anti-Zionist Network (IJAN) Spain
International Jewish Anti-Zionist Network – Canada
International League of Peoples’ Struggle (ILPS)
International Red Help
International Women’s Alliance
Internationalt Forum – Denmark
Invictapalestina – Documentation Center
Ireland-Palestine Solidarity Campaign
Irish Republican Prisoners Welfare Association (IRPWA)
Irish Socialist Republicans
ISM France
Izquierda Unida – Spain
Jacksonville Community Action Committee
Jacksonville Palestine Solidarity Network
Jericho Movement – National
Jericho Movement – New York City
Jersey City Peace Movement
Jeune Garde Lyon
Jeunes Révolutionnaires Genève
Jeunes Révolutionnaires Vaud
Jewish Liberation Theology Institute
Jewish Voice for Peace (JVP)
Jewish Women for Justice in Israel/ Palestine
Jews for Palestinian Right of Return
Justice For Palestinians, Calgary
Justice for Palestinians – San Jose
Karapatan Alliance for the Advancement of People’s Rights – Philippines
Katie Miranda Studios
Kia Ora Gaza (New Zealand)
Kickapoo Peace Circle
LA4Palestine
Labor for Palestine
La Voix des Prisonnier.ère.s Politiques de Turquie et Kurdistan
Le Collectif Rouge Internationaliste pour la libération des prisonniers révolutionnaires (Paris)
Le Comité d’action et de soutien aux luttes du peuple marocain (Paris)
League for the Fifth International
Liga Argentina por los Derechos del Hombre
Links Ecologisch Forum/Forum Gauche Ecologie – LEF-FGE
Libérons-les
London Palestine Action
Manchester Palestine Action
Mouvement Citoyens Palestine
National Campaign to Free Georges Abdallah – Lebanon
National Coalition to Protect Student Privacy
National Lawyers Guild International Committee
National Lawyers Guild- Massachusetts Chapter
New Orleans Workers Group
Newry Palestinian Support Group
NION (Not In Our Name)
No One Is Illegal – Vancouver Coast Salish Territories
NY4Palestine
NYU Disorientation Guide
NYU Jewish Voice for Peace
NZ Palestine Solidarity Network
Palestine Democratic Forum
Palestine International Network – Lebanon
Palestine Solidarity Committee – Austin, TX
Palestine Solidarity Network – Edmonton
Palestinian Child and Youth Institute (PCYI)
Palestinian Cultural Club – American University of Beirut
Palestinian Cultural Club – Beirut
Palestinian Progressive Student Bloc
Palestinian Refugee Portal
Palbox
Palestina Toma La Calle
Palestinian Youth Movement – USA
Partido Comunista de España
Party for Socialism and Liberation
Paz con Dignidad
People Power Assembly Queens
People’s Power Assembly
Pittsburgh Palestine Solidarity Committee
Plate-Forme Charleroi-Palestine
Popular Resistance
Progetto Palestina
Progressive Palestinian Youth Union
Progressive Scouts Group – Gaza
Progressive Student Labor Front (Palestine)
Project South
RAGE – Réseau d’Agitation Genève
Release Aging People in Prison/RAPP
Republican Network for Unity
Revolutionary Socialist Movement (Pakistan)
REVOLUTION (youth movement)
Right of Return Coalition – Baddawi Camp, Lebanon (composed of 22 organizations)
Saoradh
Scottish Palestine Solidarity Campaign
Secours Rouge Belgique / Red Help Belgium
Sheffield Hallam Palestine Society
Sheffield Labour Friends of Palestine
Sheffield Labour Students
Sodepaz Euskadi
Solidarity with Palestine St. John’s
Students Against Israeli Apartheid at York University
Students for Justice in Palestine – CCNY
Students for Justice in Palestine – College of Staten Island
Students for Justice in Palestine – Houston
Students for Justice in Palestine – NYU
Students for Justice in Palestine – Temple University
Students for Justice in Palestine at University of South Carolina
Syria Solidarity Movement
Taqadomy Media Team
TJA (Tevgera Jinên Azad)  – Free Women Movement
The Bronx Green Party
The Palestine Project
The Red Nation
Toronto BDS Action
UNADIKUM Association
United National Antiwar Campaign (UNAC)
Union of Palestinian Communities and Institutions – Europe
Unión de Juventudes Comunistas de España
Unione Democratica Arabe Palestina (UDAP)
Union juive française pour la paix (UJFP)
United for Palestine Toronto/GTA
University of Leeds – Palestine Solidarity Group
University of Sheffield Palestine Society
UGEP (Unión General de Estudiantes Palestinos Chile)
US Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (USACBI)
US Palestinian Community Network (USPCN)
Vermonters for Justice in Palestine
Victoria Coalition against Israeli Apartheid
Vrede vzw
WESPAC Foundation
Within Our Lifetime • United for Palestine
Women Against Military Madness
Women In Solidarity With Palestine
Women for Women’s Humans Rights – New Ways
Women’s Solidarity Foundation (KADAV)-Turkey
Workers World Party
Young Democratic Socialists – University of South Carolina

(Engl) 

mercredi 27 juin 2018

Les enfants de l'ombre, par Maité Lønne

 Si l'ombre est une absence de lumière, les enfants en sont l'opposé.   En 1989, le monde s'engage auprès de  ses petits.  
L’idée de l'innocence immaculée protégée par la Convention Internationale des Droits des Enfants, nous soulage un temps donné.  
Mais qu’en est-il de son application véritable? Est- il encore possible de bafouer des Droits élémentaires dans nos pays industrialisés? 
La réponse soulignée par le cabinet du Délégué général aux droits de l'enfant, est oui. Tant que nos lois ne seront pas adaptées en fonction des chartes relatives aux Droits de l'Homme, les règlements institutionnels continueront à malmener nos bambins et nos reclus. 

Si infans signifie « celui qui ne parle pas », ceux que l'on nomme les enfants de l'ombre, portent leurs voix à travers les acteurs du Relais enfants – parents, qu'ils nomment leurs « anges gardiens ». 

Ce jeudi 21 juin 2018, l'asbl s'est adressée au parlement Bruxellois.  Fortes d'une expertise redoutable, Stefania Perrini et son équipe témoignent des difficultés quotidiennes qui heurtent le bon fonctionnement d'une équipe passionnée et soulèvent une  problématique d'une importance capitale : les conditions de détention ne favorisent pas le maintien du lien familial et causent des fractures avec la réalité.  
Les répercussions d'une arrestation violente laissent de profonds stigmates sur le (psyché) psychisme d'un enfant, confronté au néant.  Décousue, la famille nucléaire ne tient plus qu'à la volonté et au fantasme. Des parents empêchés d'exercer leur rôle,  demeurent pourtant de  simples citoyens uniquement privés de liberté de mouvements. Pris en otages malgré eux, les petits payent le prix d'une politique sécuritaire exacerbée.

La grève est certes un droit fondamental, mais en aucun cas un droit absolu. Si la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres, le droit individuel dont dispose chaque travailleur se délimite à l'identique. Le service minimum réclamé dans nos prisons en temps de grève, ne peut être interprété comme étant une entrave à ce droit fondamental, mais bien un appel à l'humanité et à l'application des Droits des Enfants et des Droits de l'Homme, qui sont eux, absolus. Peut-on accepter que la dignité humaine  soit ignorée pour servir les revendications des uns et le désaccord des autres ?

Visites familiales supprimées, manque de sécurité pour les enfants lorsqu' elles sont assurées, violences multiples, manque d'hygiène, atteinte à la santé mentale et psychique, familles démunies face à un système qui ne les considère que peu et suicides fréquents, sont le lot quotidien d'un public ignoré. 

Voilà plus d'une cinquantaine d'années que nos prisons font grève pour des raisons similaires. Le changement peine à venir.  Aujourd’hui, une résolution a été déposée sur la table de nos politiques. Espérons que des actes concrets puissent enfin se manifester autour du système pénitentiaire et des 20.000 enfants concernés par l'incarcération d'au moins un parent. 

Le Conseil de l'Europe et le Comité des Ministres aux États membres, considèrent que les besoins spéciaux des enfants et de leurs parents détenus, devraient être pris en compte de manière à leur offrir des possibilités comparables à celles dont bénéficient les autres enfants et parents. Evitant ainsi de créer stigmatisation, discrimination et blessures irréversibles, des dispositions  doivent être prises en tenant compte de l'intérêt supérieur de l'enfant et du lien existant avec son parent. Une thématique peut être abordée  puisque peu porteuse électoralement. 
A quand un système qui cesse de cloisonner et de compartimenter, au détriment d'une société unie et concernée, à l'instar des pays nordiques ? Quelle est notre réelle volonté pour notre société de demain ?

                                                                                                        Maïté Lønne  est éducatrice et conférencière, femme de détenu et auteure du livre "Une fenêtre entre deux murs" aux éditions Du Rapois. 






mardi 19 juin 2018

"Le système prison : la baignoire déborde, mais personne coupe le robinet d'alimentation", par Marc Dizier


Témoignage présenté à la Commission Justice de la Chambre des Représentants, 6 juin 2018,  sur "Le sens de la peine"
par Marc DIZIER, Pdt de l’Association des Directeurs des Prisons francophones, Directeur prison d’Andenne


" Les philosophes du 18ème siècle avaient vu dans la privation de liberté l’opportunité d’un formidable progrès pénal par l’abolition des châtiments corporels. Les magistrats allaient disposer d’une gamme variée de sanctions parmi lesquelles la privation de liberté concernerait les infractions les plus graves.

Mais en raison de la concomitance de la révolution française et de la révolution industrielle, l’enfermement pénitentiaire, qui devait être un dernier recours,  s’est immédiatement mué en modèle (quasi) unique de sanction pénale, le rôle des juges se bornant à évaluer la durée de l’enfermement sur base de ce que le détenu, devenu « travailleur empêché », perdrait en termes de rémunération. Le modèle pénal social s’est donc mué d’emblée en modèle pénal économique.

Dans l’histoire de la Belgique, le recours à l’incarcération a toujours été en corrélation avec les indices de déclin économique : chronologiquement les crises du blé, du charbon, du pétrole et plus récemment l’augmentation du taux de chômage ont emporté, à crimes et délits équivalents, des peines allant du simple au double par rapport aux périodes d’essor.

Les criminologues ont démontré de longue date que l’inflation pénale n’a pas de concordance avec la réalité de la délinquance mais bien avec le sentiment d’insécurité économique d’une population confrontée à l’appareil de l’Etat qui, incapable d’apporter des solutions structurelles à la dérégulation des marchés, recourt à la répression pour créer l’apparence d’une reprise de la maîtrise.

Dans cette illusion (3), la quête d’un sens (1) à donner à la peine confine à la perversion (2).

(1)    La quête de sens est objectivée dans la loi pénitentiaire du 12 janvier 2005 au travers de ses principes centrés sur le respect de la dignité humaine.

(2)    La perversion se lit dans son article 10 § 2 : « Les inculpés doivent être traités de manière à ne donner aucunement l’impression que leur privation de liberté présente un caractère punitif ».

(3)    L’illusion se révèle dans le fait que, 13 ans après sa promulgation, la loi ne dispose toujours pas d’un grand nombre de ses arrêtés d’exécution.
Les exemples se bousculent des gesticulations législatives et/ou réglementaires en matière pénale et pénitentiaire, tendant à ce qu’aucune des parties à la cause ne perde sa part d’exercice du pouvoir. Et tant pis pour les incohérences systémiques dont les justiciables sont les victimes directes.

De fait les détenus sont aujourd’hui quantité négligeable dans la réflexion sur le sens de la peine. Le discours politico-administratif, de type managérial, s’exprime en termes de procédures orientées résultats, de réduction des coûts, d’infrastructures et de bien-être des travailleurs. Partant, les inspecteurs des finances et les organisations syndicales sont devenus les principaux décideurs des projets qui pourront ou non être menés dans nos établissements.

Les régimes s’humanisent, certes, mais les facteurs de dégradation de la gestion de la détention se cumulent de sorte que l’apparente modernisation des textes réglementaires ne débouche pas sur une évolution significative de la prison qui reste fondamentalement un lieu d’exclusion et d’infantilisation. Ce sont là les véritables compétences de la prison, isoler et punir.

L’évidence est pourtant que la punition n’a pas de vertu pédagogique et qu’exclure en vue de réinsérer est un non-sens total. Aussi paradoxal cela peut-il paraître, la protection de la société passe par l’abolition de la peine privative de liberté.

En détruisant le lien social qu’il prétend réparer ensuite, le système d’administration de la justice pénale contribue à alimenter son propre arriéré. Les peines prononcées sont de plus en plus longues et subies de plus en plus longtemps, provoquant la surpopulation qu’aucune alternative ni aucune mesure d’aménagement ne parviennent à maîtriser.

L’image la plus illustrative de ce système est celle de la baignoire qui déborde pendant que certains écopent pour réduire l’inondation. La facture d’eau est salée mais personne n’envisage la solution la plus appropriée, couper le robinet d’alimentation. 

Ce gaspillage, tant financier qu’humain, doit cesser.

Chaque niveau de pouvoir doit y contribuer.

Le rôle du fédéral
Techniquement, la gestion du stock pénitentiaire passe nécessairement par la maîtrise des flux :
-          Réduire le nombre d’entrées par une refonte de la loi sur la détention préventive ;
-           Réduire le temps d’attente du passage devant les juridictions de jugement ;
-             Réduire les taux de peines prononcées ;
-            Accélérer l’octroi des mesures d’aménagement des peines ;
-        Appliquer effectivement les principes de sélection négative, comme y contraint la loi.

Des peines plus courtes subies moins longtemps sont autant de facteurs de réduction de la récidive. 

Le rôle des entités fédérées
Les Communautés et Régions doivent investir les matières que les lois spéciales de réformes institutionnelles leur ont assignées. Les principes de normalisation, de participation et de réparation consacrés par la loi pénitentiaire ne peuvent être rencontrés qu’à la condition d’être déclinés en activités de formation scolaire et professionnelle, de soutien psychologique et social, etc. Ces missions dévolues aux entités fédérées demeurent sous investies dans des proportions frisant le niveau zéro.

Enfin, le bon sens commun
Des individus ayant subi la (quasi) entièreté de leur peine, libérés sans le sou, dans un milieu d’accueil inadapté à leur problématique spécifique et sans accompagnement n’ont d’autre perspective que la récidive. Le plus souvent dès les premiers jours de leur retour à la liberté. L’aide sociale, au sens le plus large du terme, doit être mise en place avant la libération. Et plus avantageusement encore, avant l’incarcération.

La détention ne prendra du sens que si elle s’inscrit dans le cadre d’un projet global de société centré sur le citoyen. Rendre la justice équitable, c’est avant tout se donner les moyens d’éviter d’y recourir, en investissant en amont de la prison dans l’éducation, le travail, la santé et l’intégration sociale.

La prison sera, alors seulement, ce qu’elle prétend être aujourd’hui, l’ultime recours."