vendredi 30 mars 2018

On retourne tous à Haren, et on replante ! Amenez vos pelles, on prépare les patates !






Samedi 14 avril 2018 - Dans le cadre de la journée internationale des luttes paysannes Le TuiniersForum des jardiniers, le Vrije Keelbeek Libre ! et le Comité de Haren vous invitent


Ils s’apprêtent à détruire la terre du Keelbeek ?

On retourne tous à Haren, 
et on replante !

Des bruxellois-e-s de tous âges et horizons ont créé le TuiniersForum des jardiniers pour défendre les jardins auxquels ils sont attachés le 17 avril 2016, à Haren. Deux ans plus tard, des dizaines d’hectares de terres fertiles sont toujours plus menacées et nous y retournons ! Malgré la mobilisation citoyenne constante depuis 10 ans, les gouvernements fédéral et régional veulent imposer leur projet de mégaprison passéiste, ruineux et destructeur. Après avoir clôturé les 20 hectares du terrain, ils ont coupé tous les arbres (des milliers) en ce début d’année, alors que 4 recours sont encore pendants.

L’obstination insensée des politiciens à détruire la Terre qui nous fait vivre en piétinant la démocratie doit être combattue fermement. Organisons-nous pour sortir de l’ornière et créer d’autres manières de vivre AVEC la nature et pas contre elle. Tous à Haren le 14/04 !

 En partenariat avec le Réseau de soutien à l’agriculture paysanne (programme sur www.luttespaysannes.be) et en solidarité avec les paysans qui nous nourrissent. Actions en Wallonie : 15 avril.

> 11h00 – Atelier de confection de masques sauvages et de déguisements d’animaux / atelier des yeux / projection de films / balades et visites autour du Keelbeek
> 12h00 – Repas
> 13h30 – Projection du film « Un pavé dans la soupe » sur le défi alimentaire à Bruxelles
> 14h00 – 15h45 Table-ronde : « De quoi la politique GoodFood est-elle le nom ? » avec des représentants des acteurs de l’agriculture bruxelloise
> 15h45 - 16h00 Présentation du livre : «Terres des villes, Enquêtes potagères de Bruxelles aux premières saisons du 21e siècle» + présentation de la carte des terres menacées à Bruxelles
> 16h00 – Action ! Amenez vos pelles, on prépare les patates !
> 19h00 – Soupe conviviale
> 20h00 – Soirée festive


Prix libre

Accès: Au TOOGENBLICK – Rue de Cortenbach/Cortenbachstraat 11, 1130 Haren - Bus 64 arrêt Cortenbach / SNCB gare Haren Sud.


Venez fabriquer vos masques sauvages et déguisements d’animaux
Avec nous animaux, végétaux et toute la sauvagerie de la nature dont nous sommes un petit élément ! C’est la nature qui se défend ! Nous en appelons aux traditions populaires, païennes, folkloriques, révolutionnaires, et à l’imagination fertile de chacun et du collectif. Amenez : vieux manteaux, chapeaux, cintres, tissus, cartons, peinture, boutons, ciseaux, agrafes, élastiques, etc…

Table-ronde : Nourrir Bruxelles / De quoi la politique GoodFood est-elle le nom ?
Le gouvernement bruxellois promet de produire localement 35 % des fruits et légumes consommés dans la Région d’ici 2035. Mais dans le même temps, il bétonne des dizaines d’hectares de terres fertiles. Greenwashing ? Etape dans la bonne direction ? Débat avec des représentants du secteur.

Grande action de plantation de patates !
Une tonne de patates seront plantées sur place. Amenez vos pelles, bêches, grelinettes, fourches, binettes, arrosoirs, brouettes. Les patates ont la frite !

www.tuiniersforumdesjardiniers.be - info@tuiniersforumdesjardiniers.be - 0493/684 493
http://haren.luttespaysannes.be - keelbeek@sdu.collectifs.net - 0472/38.81.04
www.1130haren.be - info@1130haren.be - 0477/638957

vendredi 23 mars 2018

Mon ami Mouhajir Yahia Aziz convoqué par la Brigade Brigade nationale de la police judiciaire au Maroc


Mon ami Mouhajir Yahia Aziz, militant infatigable pour la justice au Maroc, est convoqué par la Brigade nationale de la police judiciaire au Maroc pour ses publications politiques sur Facebook 
Ce vendredi! Une affaire à suivre !

Solidarité !
Luk Vervaet.






Maroc : un commerçant à Casablanca convoqué par la police
22 mars 2018

Mouhajir Yahia Aziz, un petit commerçant de produits alimentaires à Casblanca a été convoqué jeudi par la police.
Mouhajir a un passé militant dans l’université qui lui a coûté ses études de Droit suite à une decision d’expulsion. Il a obtenu un diplôme dans un institut de journalisme et il pratique le bénevolat dans Tahadi Rachidia, une association de quartier.
En 2014, alors que son magasin a été l’objet d’une agression de la part d’un jeune toxicomane, le tribunal de justice lui a fabriqué un dossier qui le plaçait en lieu et place de l’agresseur.
Aujourd’hui, Mouhajir est très actif dans sa page facebook, où il dénonce constamment la corruption, l’injustice, la pauvreté et le chômage qui sévissent au Maroc.
Dans une large campagne menée par le Makhzen dans le but de faire taire les voix dissidentes, Mouhajir devra se présenter demain vendredi au siège de la Police Judiciaire de l’arrondissement de Bouskoura, à Casablanca.

Dans ce contexte, une autre citoyenne du nom de Chakib Fawzia a aussi été convoquée.

lundi 12 mars 2018

URGENT ! Merci d’écrire à la direction de la prison de Nizar Trabelsi aux Etats-Unis. Please write to the direction of the prison of Nizar Trabelsi. Dank om te schrijven naar de gevangenis van Nizar Trabelsi


Merci de copier et de poster cette lettre en anglais sur https://www.rrj.state.va.us/contact et de l’envoyer aussi à Col. Phil Grimes :  dgrimes@rrj.state.va.us et à Major Lorri Rohme : lrohme@rrj.state.va.us .

(La traduction en français se trouve en bas).

Dear Sir, Dear Madam

I wish to appeal to you on behalf of Nizar Trabelsi, who is detained in your country since nearly four years after his extradition by Belgium on 3 October 2013. (Please find articles in the press on the condemnation of Belgium by the ECHR, the European Court of Human Rights for his extradition, e.g. https://news.vice.com/article/belgium-condemned-over-unlawful-extradition-of-terrorist-to-the-us ).  

I am concerned about Mr Trabelsi’s treatment in the Rappahannock régional Jail (Stafford).

I learned that the rare phone calls with his family have been cancelled since the beginning of March 2018.  Being without any information or explanation of this measure that cuts Mr Trabelsi’s only link with the outside world, I would be grateful if you would inform me of his whereabouts and give assurances that he is being treated well while in detention.

I would also be grateful to be informed about the news reports in Belgium saying that Mr Trabelsi is held in isolation and denied adequate diet and medical treatment.

I, and all here who share my concern, ask that you inform us of the outcome of your investigation and would appreciate a reply from you as soon as possible. Our concern for his basic rights is a concern for the dignity and well being of all humans.

Thank you in advance for your time on this urgent matter.

Sincerely,


(Traduction en français)

Cher Monsieur, Chère Madame

Je souhaite faire appel à vous au nom de Nizar Trabelsi, qui est détenu dans votre pays depuis près de quatre ans après son extradition par la Belgique le 3 octobre 2013. (Veuillez trouver des articles dans la presse sur la condamnation de la Belgique par la CEDH, la Cour européenne des droits de l'homme, pour son extradition, par exemple sur https://news.vice.com/article/belgium-condemned-over-unlawful-extradition-of-terrorist-to-the-us ).

Je suis préoccupé par le traitement de M. Trabelsi à la prison régionale de Rappahannock (Stafford).

J'ai appris que ses rares appels téléphoniques avec sa famille ont été annulés depuis le début du mois de mars 2018. N'étant pas informé de cette mesure qui coupe le seul lien entre M. Trabelsi et le monde extérieur, je vous serais reconnaissant de bien vouloir m'informer sur les raisons de cette mesure. Et de me rassurer qu'il est bien traité pendant sa détention.

Je serais également reconnaissant d'être informé sur des nouvelles parues dans des reportages en Belgique selon lesquels M. Trabelsi serait détenu en isolement et serait privé d’un régime alimentaire adéquat et de traitement médical.

Moi, et tous ceux qui partagent mes préoccupations, vous demandent de nous informer du résultat de votre enquête et j'apprécierais de recevoir une réponse de votre part au plus vite. Notre préoccupation pour ses droits fondamentaux est basée sur notre souci pour la dignité et le bien-être de tous les êtres humains.
Merci d'avance pour votre temps consacré à cette question urgente.

Cordialement,

vendredi 9 mars 2018

Il n'est pas trop tard pour sauver Haren d'une méga-prison ! Rendez-vous le dimanche 18 mars 2018 (programme et plan)

18 MARS 2018 : Des patates pas du béton

Organisé par Keelbeek Libre
Où : Rue du Keelbeek, 1130 Bruxelles. 

FR : 
Au moment où la France décide d'abandonner toute forme de Partenariat Public Privé dans la construction des prisons, une des plus grandes opérations PPP en Belgique se met en marche à la Zad de Haren... 
Les travaux de défrichage ont commencé il y a deux semaines dans l'objectif de bétonner pour emprisonner. 
Le temps presse pour faire entendre à la société le non-sens de ce projet de méga-prison. 

Programme de la journée :
13h - 14h : auberge espagnole (avec les animaux du Keelbeek)
14h - 16h : plantation de patates tels de bons patatistes
16h - ...... : petite bière et/ou ballade pour que la zad n'ait plus aucun secret pour nous. 

P.S. apportez vos patates défraîchies, plus il y en a mieux c'est !

NL :
Haren Zad komt weer tot leven ... 
Het kappen van het bos op het terrein begon twee weken geleden, daarna zal er beton gestort worden, en komt er een werf die meerdere jaren zal duren om er een mega-gevangenis op te bouwen. 
De tijd is gekomen om onze stem te laten horen tegen de waanzin van dit mega-gevangenisproject. 

Programma van de dag:
13u - 14u: Pick nick buffet (samen met de dieren van de Keelbeek), breng iets mee !
14u - 16u: aardappels planten als goede patatisten
16u - ......: biertje en / of een uitstap zodat de ZAD geen geheimen meer voor ons heeft.

P.S. breng je oude aardappelen mee, hoe meer, hoe beter!

EN :
Haren Zad comes back to life ... The clearing began two weeks ago with the aim of concreting to imprison. Time is running out to make society feel the nonsense of this mega-prison project.

Today's program :
13h - 14h: Spanish inn with animals from Keelbeek
14h - 16h: planting potatoes such good patatistes
16h - ......: small beer and / or ballad so that the zad has no more secrets for us.

P.S. bring your withered potatoes, the better it is!
Convient aux enfants

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jeudi 8 mars 2018

Depuis 14 ans en prison, Salek Laasairi aura 35 ans la semaine prochaine... Sa "grand-mère" Marie-Jo Fressard lance un appel.


Par Marie-Jo Fressard, 7 mars 2018

Salek aura 35 ans la semaine prochaine. De ces 35 ans de vie, il en a déjà passés 14 en détention. Condamné à perpétuité pour un crime qu’il nie toujours avoir commis.

En plus de cette terrible sanction, comme chaque prisonnier politique sahraoui en prison marocaine, il endure le mépris, la discrimination, la torture, de nombreuses semaines d’isolation dans un ignoble cachot... Toute cette inhumaine répression pour avoir osé réclamer le respect du droit à l’autodétermination, un droit affirmé dans la déclaration universelle des droits de l’Homme, statué par l'ONU en 1963, et soutenu par le droit international humanitaire.

Depuis trois ans je suis sa « marraine », mais il préfère m’appeler grand-mère. A travers ses lettres et nos échanges par téléphone, de plus en plus réduits et de plus en plus rares,  j’ai appris à connaître et à apprécier ce géant d’1 m 95 au cœur tendre et au moral d'acier qui rêve, malgré l’horrible avenir qui lui est promis, de vivre « plus tard » avec sa famille qu’il chérit plus que tout, et de rencontrer ses amis. « Ça ne peut pas durer toute la vie, c’est contre nature » m’a-t-il écrit.

Pour le nouvel an je lui ai envoyé un petit colis qui, sans avoir été ouvert m’a été renvoyé de la prison : « Refusé à la réception ». Pour protester j’ai envoyé une lettre ouverte au ministre de la justice et des libertés du Maroc, et j’ai renvoyé le colis… qui m’a encore été retourné.

Mon mot pour lui souhaiter un « bon » anniversaire lui parviendra-t-il ? Des amis tenteront aussi de lui écrire. Une carte avec quelques mots pour lui prouver qu’il n’est pas oublié, sachant que le moindre signe de l’extérieur de la prison lui procure une grande joie.

J’encourage tous ceux qui sont touchés par cette triste et injuste vie –survie- de Salek, à lui envoyer une belle carte avec quelques mots d’amitié. Carte à glisser dans une enveloppe (avec un timbre international), ou mieux pour un envoi à moins de frais, en tarif livre et brochure : ajouter un magazine (il est fana de foot et de beaux paysages), ou un petit livre (il lit mieux l'anglais que le français), ou autre petite chose en papier, mais sans grande valeur marchande pour ne pas tenter d'autres mains ...

Salek Laasairi,
numéro écrou 7533
Prison locale
Aït Meloul 1
Agadir
Maroc

Merci pour lui !

Pour en savoir plus, un chapitre est consacré à Salek  dans le livre de Marie-Jo Fressard : « Drôle d’occupation pour une grand-mère. Histoires de prisonniers politiques sahraouis, petite histoire du conflit. »

lundi 5 février 2018

Après le Soudan, nouvelles extraditions vers la torture ?? Une lettre ouverte de Maître Marc Nève

Marc Nève
LETTRE OUVERTE / CARTE BLANCHE


Hier, Theo FRANCKEN
Aujourd’hui, Koen GEENS

Renvoyer des étrangers vers leur pays d’origine où les droits fondamentaux sont bafoués ? Direction la Tchétchénie et le Daghestan ?

L’un s’en moque manifestement.
Que fera son collègue ?

Confronté à la question de savoir s’il y a lieu de renvoyer des soudanais vers Khartoum dans un pays dont le président est poursuivi par la Cour Pénale Internationale, le Secrétaire d’Etat à l’asile et la migration ne se pose manifestement pas trop de questions. Pire, il a même été jusqu’à collaborer avec les autorités soudanaises.

Aujourd’hui, c’est son collègue Ministre de la justice qui doit décider d’extrader deux jeunes russes vers les républiques de Tchétchénie et de Daghestan.

Ils sont réclamés par la Russie qui demande leur extradition du chef de participation à des activités dites terroristes. Ils sont établis en Belgique depuis des années. Tous deux ont introduit une demande d’asile au sujet de laquelle aucune décision n’est encore intervenue.
Jamais ils n’ont été inquiétés par la justice pénale belge.

Pour venir en Belgique, le premier a transité par la Turquie où il a travaillé de façon régulière durant quelques temps. Les autorités russes font valoir qu’il aurait, à ce moment-là, participé à des activités terroristes en Syrie. Aucune preuve concrète n’est fournie à l’appui du mandat d’arrêt décerné à son encontre à ce sujet.
Le second, depuis son arrivée en Belgique, a envoyé un peu d’argent à sa famille et notamment un cousin. Ce cousin est soupçonné d’avoir utilisé cet argent pour rejoindre ensuite la Syrie pour y combattre.
Ces faits justifient ces deux demandes d’extradition.

La situation des Républiques du Nord- Caucase, notamment en Tchétchénie et au Daghestan, est et demeure extrêmement précaire.
Les droits fondamentaux y sont bafoués jour après jour.
 Nombre de rapports, parmi lesquels ceux d’Amnesty International, le confirment depuis plusieurs années. Un des organes du Conseil de l’Europe, le CPT (Comité européen pour la prévention de la torture et les peines ou traitements inhumains ou dégradants), qui a le pouvoir d’investiguer dans tous les lieux de privation et de liberté et qui est le seul organe à disposer d’un pareil pouvoir, a mené de nombreuses missions et établi autant de rapports. Son dernier rapport, le seul et unique dont les autorités russes ont permis la publication, est accablant, en particulier quant à l’état de la justice pénale en matière de lutte contre le terrorisme (1)  (graves et lourds mauvais traitements psychologiques et physiques variés, parmi lesquels de très nombreux cas de torture à l’électricité sur toutes les parties sensibles du corps - dûment constatés du point de vue médico-légal, détentions dans des lieux illégaux, impunité et absence d’enquête en cas de plainte, etc.).

Lorsque la Cour d’appel de Liège a été amenée à décider dans les deux dossiers de rendre exécutoires les deux mandats d’arrêt russes en vue de l’extradition des intéressés, la Cour a notamment rappelé que la Russie était partie à la Convention européenne des droits de l’Homme et la réalité de la situation ayant cours dans le Nord-Caucase a été minimisée, voire ignorée. Pire, les juges n’ont pas voulu tenir compte de rapports internationaux dès lors qu’ils étaient rédigés en anglais.
Dans un second temps, la Cour de cassation s’est bornée à dire que, s’agissant d’examiner le détail de la situation dans le Nord-Caucase, ce n’est là que du fait et rien que du fait (fut-ce autant de drames), mais qu’elle ne connait que du droit...

Les deux dossiers sont à présent sur le bureau de Koen GEENS qui doit décider de prendre ou non un arrêté les renvoyant respectivement vers la Tchétchénie et le Daghestan.

Peut-il ignorer la réalité des régimes politiques qui y ont cours ? Peut-il ignorer la façon dont les droits fondamentaux y sont bafoués ? Peut-il collaborer avec des autorités aussi décriées ?

Somme toute, peut-il faire ce que l’on reproche à son collègue Theo FRANCKEN de faire sans aucun scrupule ?

Il s’impose d’empêcher ces extraditions. Quels que soient les faits reprochés, il s’impose de ne pas renvoyer ces jeunes là où règne un arbitraire qu’ils ont courageusement fui en son temps pour rejoindre la Belgique.


Pour la défense des deux jeunes russes concernés,
leur avocat,
Marc Nève 

m.neve@defenso.be

[1] Report to the Russian Government on the visit to the Russian Federation carried out by the European Committee for the Prevention of Torture and Inhuman or Degrading Treatment or Punishment (CPT),  CPT/Inf (2013) 41, Strasbourg, 17/12/2013 (disponible via www.cpt.coe.int )

samedi 3 février 2018

« Le colis refusé », une lettre ouverte de Marie-Jo Fressard au Ministre de la Justice du Maroc




Marie-Jo Fressard
Lettre ouverte au Ministre de la Justice et des Libertés
Administration pénitentiaire et de la réinsertion
Place de la Mamounia,
BP 1015,Rabat, Maroc.
et au Directeur de la prison locale d’Aït Meloul
Agadir, Maroc
Copies au CNDH, à Amnesty International, à l’ACAT, à HRW, à l’ASTHOM, à APSO, à, à l’AMDH, à ATTAC Maroc et France

Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur

Il y a trois ans, l’association Amis du Peuple du Sahara Occidental m’a proposé de devenir « marraine » du prisonnier sahraoui Salek Laasairi. J’ai alors appris qu’en 2015 il a été condamné à réclusion perpétuelle par jugement rendu à la cour militaire, pour un crime qu’il nie toujours avoir commis. Il avait alors 21 ans. Depuis il est transféré de prison en prison. Il est actuellement à la prison locale d’Aït Meloul, avec le numéro d’écrou 7533.

Il n’est pas dans mon propos de critiquer ni d’approuver cette décision de justice, n’ayant jamais eu connaissance de la moindre preuve concernant ce crime.

Mais je veux vous faire part de mon indignation chaque fois que j’apprends que Salek est victime d’atteintes à sa sécurité et son intégrité physique, les tabassages fréquents pouvant aller jusqu’à la torture, le viol, l’horreur de l’abject cachot, mais aussi le saccage ou le vol de ses affaires personnelles, téléphone, contenu de colis reçus, de même que le mépris, la discrimination, les insultes raciales. Salek ne se plaint jamais de quoi que ce soit lorsque nous arrivons à nous téléphoner, au contraire il me dit « Moi, tout va bien, ma famille aussi » avant de me demander des nouvelles des un et des autres. C’est par des associations des droits de l’homme que je suis informée. Les gardiens se montrent particulièrement odieux à son égard parce qu’il est Sahraoui.

Mais comme si ces agressions au quotidien ne suffisaient pas, le personnel pénitentiaire veille à évacuer tout ce qui pourrait apporter à Salek la moindre satisfaction, la moindre parcelle de bonheur, comme son tour au téléphone une fois par semaine à la cabine de la prison, avec sa famille qu’il aime par-dessus tout, et avec ses amis. Un moment heureux qui lui fait un peu oublier l’univers carcéral. Mais ce moment est de plus en plus court, voire réduit à quelques secondes, ou même supprimé. Et s’il proteste il est roué de coups avant d’être jeté au cachot, endroit infect avec la seule compagnie des rats. Des séjours d’isolement qui peuvent durer plusieurs semaines. Il est même arrivé qu’il y soit enfermé jusqu’à un mois et demi. Pour protester il refuse parfois toute nourriture.

Autre petit bonheur qu’il attend avec impatience : les colis que lui envoient à tour de rôle un groupe d’amis. Colis au modeste contenu : vêtements achetés aux fripes, vieux magazines, livres en langue anglaise selon son désir, petits objets sans valeur marchande… Nous savons par expérience que tout objet ayant un petit coût ne lui parvient pas. Chocolat et autres douceurs sont interdits.

Le 29 novembre je lui ai envoyé un de ces colis de pauvre tant attendu. Quelques semaines plus tard il m’est retourné. J’y vois la mention : «  admis en franchise douanière », et aussi écrit à la main : « refusé réception, le 7/12/2017 ». Aucun motif de retour n’a été coché (NPAI, Non réclamé, FD, Refusé, Réexpédié, Adresse incomplète). L’adresse est celle que j’utilise à chaque envoi, sans qu’il n’y ait eu aucun retour. Le colis n’a pas été ouvert. C’est donc la prison qui a refusé à Salek ce petit bout de plaisir ! Le 2 janvier je l’ai renvoyé.

L’ignoble avait déjà été atteint lorsque la mère, la sœur et le frère malade de Salek ont voulu lui rendre visite. Ils avaient économisé pour pouvoir payer ce voyage de 400 kilomètres. Mais non seulement ils ont dû attendre toute la journée sans avoir pu le rencontrer, mais par sadisme, pour les humilier, « trois gardiennes ont obligé  sans ménagement sa mère et sa sœur à se mettre totalement nues, pour des fouilles allant jusqu’à l’exploration vaginale manuelle, avec crachats et insultes à caractère racial. Cette fouille s’est déroulée devant des gardiens hommes qui ont pris des photos, et des visiteurs » (Emsarah.com, 15/1/2016). La ligue pour la protection des prisonniers sahraouis a dénoncé fortement ce harcèlement subi par la famille Laasairi, le considérant comme un acte raciste à l’opposé des affirmations de progrès démocratiques proclamées haut et fort par les autorités marocaines.

Monsieur le Ministre de la Justice et des Libertés, Monsieur le Directeur de la prison locale d’Aït Meloul

Je ne décèle ni souci de « justice », ni espoir de « liberté » dans le cauchemar que vit mon ami Salek. Je m’associe à la peine et la colère des familles des prisonniers détenus sans aucune humanité, sans aucun respect des conventions internationales. Le but de l’emprisonnement ne devrait-il pas être la réinsertion (mention qui fait partie de votre titre), le retour à une vie citoyenne normale, et non la mort à petit feu… ?

Pour Salek et les prisonniers et leurs familles je vous demande, Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur, de donner des ordres au personnel de la prison locale d’Aït Meloul et des autres prisons du royaume que soient respectés le droit de visites, le droit de téléphoner à ses proches et le droit de recevoir des colis avec l’intégralité de leur contenu.

D’avance et pour eux, je vous remercie,

Marie-José Fressard
Solidarité Maroc 05
05000 Gap
France
8/1/2018


Vous pouvez rencontrer Marie-Jo Fressard à Bruxelles le dimanche 25 février. Au local d'ESG , Rue d’Anderlecht, 30, 1000 Bruxelles de 11.30 – 14.30 h. Elle y sera interviewée par Luk Vervaet sur ses livres : " Marraine des deux plus anciens détenus politiques marocains Ahmed Chahid et Ahmed Chaïb " (Préface : Gilles Perrault, auteur de « Notre ami le Roi » et postface : Khadija Ryadi, lauréate du prix des Nations Unis pour les droits humains), paru chez Antidote publishers et « Drôle d’occupation pour une grand-mère » Histoires de prisonniers politiques sahraouis, petite histoire du conflit au Sahara Occidental à travers le parcours de Hassan, Salek et Salah., paru chez Edition APSO.


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